Sur le site de Cinoche, Dead Man Talking est classé comme étant à la fois une comédie et un drame. Et c’est exactement ça. À la fois un drame mauvais à en rire et une comédie médiocre à en pleurer. L’histoire, pourtant, aurait pu être captivante : un homme dans le couloir de la mort profite d’un vide juridique pour que ses dernières paroles lui permettent de retarder sa mise à mort, étirant la durée de son discours jusqu’à la limite du temps admis pour l’exécution. À chaque soir pendant un mois, le manège recommence jusqu’à la date d’une élection fatidique qui permettra aux dirigeants de modifier la loi en place et arrêter cette mascarade.

Porté à bout de bras par l’acteur belge Patrick Ridremont, Dead Man Talking est aussi sa réalisation et son scénario. Sa première réalisation, faut-il le préciser. Il faut dire aussi que Ridremont a surtout débuté sa carrière dans la comédie, ce qui pourrait expliquer ce mélange douteux de styles, bien que rien n’excuse qu’on ait voulu traiter un sujet aussi sérieux avec un scénario aussi grotesque. En ce qui me concerne, le mystère plane toujours pour comprendre ce qui est passé par la tête des spectateurs des trois festivals où le film a remporté le prix du public.

Incapable de trouver son ton, le film navigue donc constamment entre l’épouvantable comédie (du niveau d’Astérix aux Jeux olympiques) et le film à propos. Certains acteurs n’entendent pas du tout à rire (Patrick Ridremont, le condamné à mort, et François Berléand, le « bourreau ») alors que tous les autres ne cessent de cabotiner avec leurs airs grotesques. En fait, l’écart est si frappant qu’on en vient à se demander si les deux moitiés de la distribution jouent dans le même film. Et toutes ces mauvaises blagues et ces accents démesurés de caricatures jurent horriblement d’avec le propos glauque du film (Patrick Ridremont lui-même ne semble trouver drôle personne).

Ce qui est le plus étrange, dans Dead Man Talking, c’est que Ridremont semble avoir tenté de construire un personnage qui a réellement quelque chose à nous dire, qui veut dénoncer, nous passer un message. Mais alors pourquoi ce réalisateur s’est-il investi dans deux routes divergentes ? L’esthétique glauque ne colle à rien et les actions ultraviolentes du condamné rendent mal à l’aise, tranchent d’avec l’atmosphère bon enfant pour finir par avoir l’air totalement inapproprié.

On nous sert aussi profusion de symboles tous moins subtils les uns que les autres. Dead Man Talking nous propose moult parallèles bibliques en cet homme sur sa croix qui parle à ses fidèles, et avec ses références à deux sous aux anges et à Jésus. Tant de références simplistes et rudimentaires rendent le tout littéralement indigeste.

S’enlisant dans une mare de clichés, utilisant de ridicules métaphores, tout dans Dead Man Talking joue trop gros, y compris la majorité des acteurs. Il est pourtant étonnant de constater que Ridremont arrive tout de même à livrer la marchandise en tant qu’interprète, même s’il se plante royalement dans sa réalisation. Mais qui aurait pu croire qu’un acteur sérieux désire s’investir autant à un cirque pareil où rien n’est mémorable à part notre ennui mortel?