Nerveux, captivant, intense, le premier film du réalisateur et scénariste Peter Landesman nous tient sur le bout de notre siège de son départ sur les chapeaux de roues jusqu’à sa touchante conclusion. L’histoire de Parkland, nous la connaissons tous. Le 22 novembre 1963, le plus jeune président de l’histoire des États-Unis est assassiné d’une balle dans la tête lors d’une parade dans les rues de Dallas. Le tueur présumé, Lee Harvey Oswald, sera abattu à peine deux jours après son arrestation alors qu’il était escorté par la police lors d’un transfert de prison.

S’attardant non seulement à l’assassinat du président, Parkland s’intéresse aussi surtout aux dommages collatéraux qu’aura entraîné cet attentat, notamment sur la déroute qui s’en est suivie dans les services secrets américains et les impacts sur la famille Oswald, en particulier le frère du présumé tireur (touchant James Badge Dale). On traite aussi beaucoup du vidéaste amateur qui aura capté l’attentat sur pellicule (méconnaissable Paul Giamatti) qui sera entraîné malgré lui dans la tourmente de l’événement et qui en restera traumatisé toute sa vie. Cependant, le véritable personnage principal du film reste sans conteste l’événement en lui-même, tous les personnages gravitant autour ne servant finalement qu’à le décortiquer et à en analyser chaque parcelle.

Parkland réunit plusieurs scènes très fortes qui nous clouent littéralement sur notre siège. L’arrivée précipitée du président à l’hôpital Parkland donne lieu à une longue et époustouflante scène de traumatologie où on tente désespérément de sauver le président, quitte à le charcuter coûte que coûte et à transformer la salle médicale en véritable boucherie. Colin Hanks, Marcia Gay Harden et Zac Efron (qui arrive pour une fois à se détacher de son image d’acteur de comédie romantique) forment le trio par lequel la magie opère. Les enterrements simultanés de JFK et d’Oswald frappent aussi par cette mise en évidence du misérabilisme de la famille de l’assassin, tout comme la détresse qui habite le frère du présumé tueur laissé comme un paria sans aucune ressource.

Utilisant beaucoup la caméra épaule, préconisant un montage nerveux et des cadrages serrés, Landesman immerge l’auditoire dans une série d’évènements qui s’enchaînent à un rythme effarant. Beaucoup d’images d’archives sont également ajoutées à l’ensemble, qui renforce le côté Histoire de l’histoire, ramenant à chaque fois le spectateur face à l’authenticité de ce qu’on lui présente.

Traité avec beaucoup de pudeur, ce sujet moult fois visité permet au réalisateur de suggérer plus que de montrer aux spectateurs certains éléments clés de l’histoire. On ne voit donc que très peu le visage de la célèbre Jacky Kennedy, et pratiquement jamais celui du président lui-même. De même, la mort de JFK n’est jamais montrée directement à l’écran, la célèbre vidéo étant exhibée aux spectateurs par l’entremise des réactions des protagonistes.

Amalgame réussi d’histoires entrecroisées, Parkland expose une réalité qui ne saute pas aux yeux du public lorsqu’il est confronté à un drame d’une envergure pareille. Témoin de l’opération d’improvisation colossale et insoupçonnée qu’on dû effectuer les services secrets et les forces de l’ordre (par exemple comment fait-on pour entrer un cercueil dans l’avion présidentiel alors que chaque pouce carré du sol est occupé par un siège), le film réussi à renouveler ce sujet maintes fois vu en l’explorant d’un angle nouveau et pertinent. Chacun en leur temps, les acteurs donnent tous une solide performance, plus particulièrement Billy Bob Thornton en vieil agent des services secrets qui tente de mettre la main sur la vidéo de l’attentat. Connaissant l’attachement patriotique des Américains envers le président JFK, et leur fascination pour leur propre histoire, gageons que ce film a déjà gagné son billet pour les prochains Oscars.

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