Cessez de chercher, on l’a trouvé, le meilleur blockbuster de l’été. Neill Blomkamp, qui avait laissé sa marque avec son premier long métrage District 9, remet ça avec cette énorme production qu’est Elysium. Sans venir égaler le réalisme et la pertinence du propos de District 9, Blomkamp nous propose cette fois-ci un univers d’intelligence artificielle ultra développée où la robotique et l’extrême productivité ont pris le pas sur les droits de la population. Fougueux et brutal, parfois ironique, ce film à la direction artistique impeccable livre la marchandise malgré son manque flagrant de nuances et ses scènes parfois très violentes.

2154. L’humanité s’est scindée en deux. Le bas peuple survit dans ce qui reste de la Terre surpeuplée, à travers l’extrême pollution et l’épuisement des ressources naturelles. Les riches ont fui la planète pour migrer vers une station spatiale nommée Elysium où ils peuvent maintenir leur train de vie extravagant. Leur accès au progrès est sans limites, alors que la technologie sur Terre semble être restée figée dans le passé.

Max (Matt Damon) habite un désormais très hispanophone Los Angeles, dans ce qui s’apparente davantage à un égout à ciel ouvert qu’à une grande ville américaine. Il travaille dans une usine de fabrication de robots dans laquelle il sera accidentellement exposé à une dose mortelle de radiation qui ne lui laissera que cinq jours à vivre. Son seul espoir de salut : s’introduire sur Elysium pour y être soigné grâce à leur technologie avancée. Mais pour payer son aller simple vers la station spatiale, il devra s’allier à Spider (Wagner Moura), un contrebandier qui échangera des données cérébrales que Max volera à riche homme d’affaires (William Fichtner) contre son aide pour s’envoler vers Elysium.

Pour l’aider dans sa tâche malgré sa maladie, on fournira à Max cette espèce d’exosquelette lui permettant de décupler sa force (époustouflant design de Weta, la compagnie d’effets visuels de Peter Jackson). Il sera donc en mesure de rivaliser avec la technologie envoyée par la secrétaire de la défense de la station spatiale (Jodie Foster) qui tentera d’arrêter Max pour lui reprendre les précieuses données qu’il a volées.

Convenons-en, la métaphore proposée dans Elysium n’a rien de subtile, mais elle n’en reste pas moins intéressante. La mentalité d’égocentrisme extrême et l’attitude impitoyable des riches sont très bien mises en place dès l’introduction où on montre en contraste le désespoir de la majorité dans sa lutte pour survivre. D’ailleurs, l’aversion que démontrent les riches envers leurs inférieurs n’est pas sans rappeler cette ségrégation si finement montrée par le réalisateur dans son District 9.

Malgré les quelques raccourcis du scénario et le manque de profondeur des personnages qui demeurent unidimensionnels, Elysium réussit à garder le cap sans trop s’éparpiller et l’histoire ne s’enlise pas sous ses abondants effets spéciaux ou ses costumes exubérants. Contrairement à certaines productions estivales (comme Pacific Rim ou Man of Steel pour ne pas les citer en exemple), les effets visuels servent à appuyer la trame narrative, et les séquences d’actions ne s’étirent pas en longueurs inutiles et redondantes. Habile, Blomkamp se montre d’ailleurs créatif dans son utilisation de la caméra épaule et utilise parfois des mouvements de caméra inusités qui ne sont pas sans rappeler les prises de vues des jeux vidéo.

Tel un vieux routier, Matt Damon renoue avec le type de personnage qui l’a maintenu au sommet ces dernières années dans ce rôle physique d’homme futé au cran d’acier. Entouré de quelques-uns des acteurs chouchous de l’Amérique du Sud (Alice Braga et Wagner Moura du Brésil, le mexicain Diego Luna), Damon peut également compter sur le talent de Sharlto Copley qui défend le rôle de l’incontrôlable chasseur de prime psychopathe envoyé à ses trousses. S’ajoutant à cette solide distribution, Jodie Foster ne fait malheureusement que livrer la marchandise sans trop se démarquer dans un rôle d’implacable secrétaire de la défense.

Dans Elysium, Neil Blomkamp crée de formidables ambiances avec une trame sonore qui rappelle parfois Hans Zimmer. Évitant de justesse plusieurs clichés, le scénario présente un univers fignolé mais très violent, peut-être trop d’ailleurs pour un film aussi grand public. Assurément exagéré, Elysium est à l’image de toute science-fiction en ne faisant jamais dans la demi-mesure. Cependant, pour un second film, Blomkamp peut finalement se targuer d’avoir atteint sa cible et de ne pas d’être noyé dans l’excès des moyens mis à sa disposition.

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