Oh Sofia… Que s’est-il passé? Il n’y a pas si longtemps, tu étais la coqueluche du nouveau cinéma d’auteur américain, princesse héritière d’un empire cinématographique (papa Coppola et son American Zoetrope veillant au grain) qui te promettait aisance et pérennité. Puis tu as accouché du grandiloquent Marie Antoinette, qui croula sous le poids de son opulence; ton Apocalypse Now quoi, mais sans la portée et la profondeur. Que te restait-il à faire ensuite? Te recroqueviller dans ce spleen qui jadis te définit. Cette mélancolie retrouvée permit à Somewhere de garder la tête au-dessus de l’eau, particulièrement grâce à la chimie entre Stephen Dorff et Elle Fanning. N’empêche que depuis Lost in Translation, tu te cherches, incapable de concilier tes obsessions (ceux et celles qui sont nés avec une cuillère argentée dans la bouche) et tes propres aspirations artistiques.

Il y a d’abord un air de déjà-vu en visionnement ce The Bling Ring, comme si les sœurs Lisbon de The Virgin Suicides se payaient un trip à la Marie Antoinette. Mais même s’il est inspiré d’un fait vécu – cinq adolescents cambriolent des baraques de vedettes à L.A. – nous sommes en territoire désincarné, et cette jeunesse n’a aucune saveur ni profondeur.

La réalisatrice est obnubilée par l’éclat des objets de luxe qu’elle fait défiler à l’écran et au lieu de proposer une critique cinglante des effets pervers du vedettariat à l’américaine, elle cherche plutôt à expier les péchés de ses  protagonistes en les présentant comme des victimes d’un système aliénant. Au moins, Harmony Korine avec Spring Breakers osait brosser un portrait infernal des jeunes d’aujourd’hui, avec un jusqu’au-boutisme qui avait au moins le mérite de démontrer l’investissement complet du réalisateur. Coppola se tient plutôt à distance, blasée, plus fascinée par la piaule kitch de Paris Hilton que par les jeunes qui iront la cambrioler une dizaine de fois. Ils font la fête, sniffent de la cocaïne, prennent beaucoup de photos qu’ils publient sur Facebook, conduisent des Porches. Est-ce suffisant pour leur consacrer un film?

L’attrait pour Emma Watson s’essouffle à mesure; l’adolescente qu’elle incarne est une garce (ce qu’elle rend bien), mais n’est jamais développée au-delà des tics associés aux enfants gâtés de son acabit. Nous savons pourtant la jeune actrice impressionnante, comme en atteste sa prestation dans l’excellent et le très supérieur The Perks of Being a Wallflower de Stephen Chbosky. Il est plus amusant de suivre Israel Broussard dans le rôle de Marc, celui qui intègrera le réseau de voleurs plus dans l’intérêt d’appartenir à un groupe que par amour des paillettes (qu’il apprécie tout de même). Son ambigüité (aime-t-il Rebecca, la chef de la bande, ou les garçons?) aurait pu être plus et mieux exploitée, déjà qu’il est visiblement celui à qui l’on demande de s’identifier. Les autres jeunes filles font partie de ce que l’adolescence sait faire de pire, et commencer à développer une réflexion sérieuse à leur sujet s’avère une entreprise dont elles reconnaîtraient elles-mêmes la futilité.

Pourquoi avoir fait The Bling Ring? Et qui à Hollywood n’aurait pu exécuter ce travail de réalisation bancal au possible? Que le dernier film de Sofia Coppola soit dénué d’idées, voilà qui surprend et déçoit. Jusqu’à sa fin, où nous prenons tout de même un malin plaisir à voir ces enfants gâtés se faire passer les menottes aux poignets, l’impression demeure d’être devant un corps creux et moribond, désespérément en quête d’une âme. Ça, et un vif désir de faire sauter des sacs Louis Vuitton et des robes Chanel comme dans la finale de Zabriskie Point d’Antonioni.

Ka-boom.

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.