On le sait, la grosse mode à Hollywood ces dernières années, c’est les remakes et les suites. Et les films de superhéros. Et on n’est pas sortis du bois si on fait le décompte du nombre de personnages de Marvel ou de DC Comics qui n’aurait pas encore eu droit à sa franchise. À travers cet océan de manque de créativité, quelques blockbusters essaient les uns après les autres de nous resservir la même approche que celle qui a garanti la renaissance de la franchise des Batman. Parmi eux, en copie à peine camouflée, Man of Steel du réalisateur Zack Snyder (300, Watchman).

Sans dire que cette seconde tentative en à peine sept ans de réanimer la franchise des Superman tombe complètement à plat, on peut cependant affirmer que les attentes gonflées qui ont entouré la sortie de ce film estival en précipiteront les déceptions. Et vu la campagne de publicité colossale dont a bénéficié cette réalisation, qui bat d’ailleurs son plein depuis plusieurs mois, on ne peut qu’être très déçu devant cette surenchère qui nous laissait envisager une nouvelle série aussi peaufinée que cette marquante saga de Christopher Nolan.

Vous connaissiez bien Superman ? Oubliez l’image que vous en aviez. Exit la cryptonite, le thème musical de John Williams ou encore le personnage de Lex Luthor, l’ennemi juré de l’homme d’acier. Snyder rompt avec bon nombre des incontournables de cette mythique série et tente de nous en livrer sa propre version. L’ennui cependant ce n’est pas qu’il ne reste qu’au stade de la superficialité, Superman étant à l’origine une série plutôt légère au ton bon enfant, mais plutôt qu’il se donne les airs d’un film qui se prend très au sérieux sans jamais avoir de substance. Pas d’humour, mais pas non plus de chair autour de l’os, et il ne reste que bien peu de choses à ce film, finalement, mis à part les excessifs effets visuels.

On a malgré tout droit à un synopsis qui ne désorientera personne qui se soit déjà frotté aux aventures de ce surhomme. Après une introduction plutôt étoffée dans laquelle le spectateur est témoin de la fin de la planète Crypton et de l’exil qu’impose Jor-El (Russell Crowe) à son fils unique (Kal-El/Clark Kent/Superman) en l’envoyant sur la terre, c’est par maints retours en arrière qu’on explore par miettes l’enfance rurale du jeune homme (Henry Cavill) devenu fils adoptif d’un couple de fermiers du Kansas (Diane Lane et Kevin Costner).

Vivant de vagabondage en vagabondage, c’est lorsqu’il fait la découverte de ses origines que Clark Kent rencontrera Lois Lane (Amy Adams), une journaliste dégourdie que rien n’arrête. Elle qui aidera Clark à arrêter un survivant de la planète Crypton, le général Zod (Michael Shannon), qui tente d’exterminer la race humaine pour recréer sa planète d’origine sur les ruines de la terre.

Henry Cavill a certes le physique de l’emploi avec ses 2 000 livres de muscles, mais ni lui ni aucun autre acteur n’arrivent à insuffler assez de profondeur à leur personnage pour qu’il soit réellement pris au sérieux. C’est parfois à se demander si par maladresse, Snyder n’aurait pas tout simplement coupé les répliques de Superman afin de lui créer une aura de mystère et d’introspection qui est au final plutôt fade. Amy Adams a bien l’énergie et la fougue nécessaire pour incarner Lois Lane telle qu’elle a marqué les sagas précédentes, et le couple que forment Costner et Lane (attention ici, on parle de Diane) ont bien le style des guides spirituels aux valeurs traditionnelles qui ont façonné le côté humain de Clark; malheureusement, tous ces personnages se perdent dans l’histoire qui ne semble exister que par prétexte aux effets visuels surabondants.

Parfois frustrant, on a vraiment l’impression qu’avec un peu plus de soin aux détails et avec un scénario plus travaillé, Snyder aurait pu arriver à un résultat à la hauteur de nos attentes. En effet, certaines des scènes qu’on nous présente sont belles et sobres, surprenantes d’efficacité. Man of Steel ne sera pas le succès escompté, mais il n’en demeure pas moins qu’il remplit une partie de sa mission. De même, bien que les personnages manquent de finition, les acteurs ont été judicieusement choisis et il serait injuste de les tenir pour responsables de ce manque de substance. L’ensemble de la direction artistique constitue la plus belle réussite de cette nouvelle franchise, avec une esthétique froide et rude, à l’image de cette Amérique profonde qu’on nous dépeint.

Pour les prochaines années cinématographiques, pourrait-on se souhaiter que les producteurs de blockbusters daignent porter un minimum d’attention aux scénarios qui concerneraient enfin autre chose qu’une suite ou un remake? Man of Steel n’est pas le moins bon ni le meilleur des films de superhéros auxquels nous avons eu droit ces dernières années, mais il arrive peut-être à un moment où le public est saturé de ce style qui a été revisité, tourné en tout sens, exploré sous toutes les variantes. Vraiment, la modération a bien meilleur goût.