L’Argentin Fede Alvarez a vraiment réussi son coup en submergeant littéralement son film de ces innombrables références à l’inimitable première version d’Evil Dead, sans pour autant la calquer. Signant ici son tout premier long métrage, le réalisateur peut se targuer d’avoir trouvé la seule manière de refaire ce classique de l’horreur de la série B sans s’y casser ridiculement les dents. Produit par nul autre que Sam Raimi et Bruce Campbell, ce film devrait cependant davantage contenter les fans de la trilogie de films culte que les spectateurs néophytes.

Comme dit plus haut, Alvarez a davantage misé sur les références que sur le fait de recréer The Evil Dead (1981). C’est donc sans surprise (et avec beaucoup de soulagement) qu’on constate qu’il met en scène des personnages inédits. Bien qu’un certain David (Shiloh Fernandez) rappelle par moment l’iconique Ash (Bruce Campbell en 1981), il ne s’en inspire jamais trop pour risquer d’en devenir une caricature. Et en remaniant le corps même de l’histoire d’Evil Dead, le réalisateur (qui a aussi agi à titre de coscénariste) évite de se mettre dans des situations où il pourrait être tenté de répéter ce qui a été fait précédemment, s’assurant ainsi de produire un remake qui se tient, mais surtout qui ne tombe jamais dans la parodie.

Mais parlons-en, de l’histoire! Cette fois-ci, cinq jeunes adultes se rendent dans une cabane délabrée au fin fond des bois pour aider une des leurs, Mia (Jane Levy), à se purger de ses dépendances à la drogue. On suit donc, disons-le, la descente aux enfers de cette jeune droguée, accompagnée de son grand frère David (Shiloh Fernandez), de la copine de celui-ci, ainsi que de deux amis de longue date, une infirmière et un professeur. C’est ce professeur d’école, justement un peu tordu, qui mettra tout le monde dans un gros pétrin en lisant certains passages d’un livre maléfique trouvé à la cave (le Necronomicon, mais sans son visage difforme). Évidemment, ces passages réveilleront le Mal avec un grand M, qui tentera de s’emparer de tout le monde, transformant ces gentilles personnes en d’affreuses bêtes déchaînées assoiffées de sang.

Bénéficiant visiblement de beaucoup de moyens financiers, cette production a misé sur ce qui la fera bien traverser le temps, soit des effets visuels à l’ancienne, se passant complètement d’images de synthèses. En effet, Alvarez a judicieusement choisi d’utiliser les bons vieux trucs du métier, et en met plein la vue grâce à des impeccables maquillages et prothèses.

D’ailleurs, vous êtes un spectateur à l’âme sensible ? Allez plutôt voir The Croods qu’Evil Dead. Plus sanglant encore que l’original, certaines scènes sont tout simplement insupportables. Loin d’avoir volé sa cote 16 ans et plus (violence et horreur), ce sont des litres d’hémoglobine qui sont versés de manières toutes plus dégoûtantes les unes que les autres en un peu moins de deux heures. Plus gore que gore, le film finit malheureusement par s’étirer en une succession d’images repoussantes et de scènes d’une violence inouïe. Plus sordide qu’épeurant, cet Opéra de la terreur n’est justement pas très terrifiant, plutôt complètement tordu.

N’empêche que l’essentiel est conservé, les effets sonores et la musique sont efficaces, les images sont superbes (en fait elles sont superbement dégoûtantes), et le rythme soutenu de l’intrigue ne laisse pratiquement aucun répit aux spectateurs. Un rebondissement n’attend pas l’autre, et c’est presque avec soulagement qu’on arrive au terme de ce récit sanguinolent, ce qui prouve hors de tout doute qu’Alvarez mène l’auditoire exactement là où il le veut, avec une grande efficacité d’exécution.

Selon moi, il faut cependant vraiment avoir vu les versions précédentes d’Evil Dead pour arriver à apprécier ce remake. Avec le style actuel des films d’horreur contemporains, le scénario même de ce film peut paraître décalé ou même anachronique, de même que cette idée de possession diabolique qui se transmet d’une personne à l’autre de façon quasi gratuite. Cependant, indéniablement Fede Alvarez a construit un remake bien fait, avec une fin ultimement efficace qui poursuit dans la même ligne ce qu’avait précédemment commencé Sam Raimi. Un petit conseil en terminant : ne commandez pas trop de popcorn en allant voir Evil Dead, ce film est un véritable coupe-faim.

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