L’absurdité de l’adolescence, c’est d’être une période tampon entre l’enfance et l’âge adulte. Tout dans les limites qui la retiennent tend vers le devant, avec l’espoir et la crainte un peu de travers, alors que le corps se trimballe avec des membres qui ne poussent pas tous en même temps et des désirs dont les tenants et aboutissants demeurent obscurs. On en garde de bons souvenirs, mais vous serez d’accord avec nous que rien n’est plus triste que ceux qui s’accrochent pathétiquement à ces longues années condensées de rien pantoute. S’attaquer à la petite adolescence dans notre cinéma, c’est inévitablement se frotter à ses lieux communs : la voiture, la job d’été, les chums, les blondes et la bière. Pis le cégep bien entendu, à l’autre bout de l’été ultime, celui au centre du dernier film de Rafaël Ouellet, Finissant(e)s.

Tourné à Dégelis (d’où Ouellet est originaire), ce court film-essai suit durant quelques jours pigés au hasard entre juin et aout plusieurs adolescents dans leurs activités quotidiennes. Deux tournent un documentaire et questionnent amis et proches sur ce qui les attend dans les grandes villes, d’autres ramassent de l’argent pour l’automne. Tous ont une idée plus au moins claire de ce qu’ils deviendront, cédant parfois aux lois de la demande leurs modestes rêves. Au-dessus d’eux, plane la tragédie et malgré les apparences et leur jeune âge, ils en connaissent déjà un rayon sur l’amour et la mort.

Empruntant les contours du documentaire, le Finissant(e)s laisse glisser dans ses interstices des pans de fiction aussi subtils qu’un interrogatoire de police où l’on aurait remplacé le bottin téléphonique par les œuvres complètes de Shakespeare. Entre des interventions magnifiques de candeur et d’hésitation de la part des jeunes est donc scotchée de l’histoire, i.e. la disparition dans les bois d’une jouvencelle et deux accidents de voiture; déroutages scénaristiques qui prennent le fossé faute d’être dirigés vers un minimum de résolution. Et voilà que pour compenser, nous critiques bégayerons que cet objet filmique se situe quelque part entre le documentaire et la fiction, alors que nous sommes en réalité tannés de souligner ce métissage qui, ontologiquement, n’est d’aucun intérêt. Une impression perdure alors de se faire laisser en plan (narratif), comme une laideronne victime d’un pari idiot le soir de son bal. Ici la gageure non-tenue est de réussir à soutenir notre intérêt une heure plus un quart malgré un sujet porteur, car rien dans cette tentative brouillonne ne capte l’attention.

À moins d’avoir voulu transposer le malaise adolescent à l’écran en feignant la maladresse, c’est à se demander où voulait en venir Ouellet, pourtant responsable de l’un des meilleurs films québécois de l’an dernier, Camion, qui avançait à travers les clichés de notre cinéma moderne comme un 10 roues dans la nuit. Oui, ce Finissant(e)s a été réalisé quelques années avant cette autre vue quasi salvatrice (en 2009 pour être plus précis), et nous sommes d’avis que la sortie de celui-ci est en partie due au succès d’estime de celui-là. Pour continuer avec les analogies douteuses, c’est comme si on venait de publier les nouvelles un peu mal fichues d’un jeune auteur après que son premier roman ait été porté aux nues. T’en as d’autres comme ça dans tes tiroirs el jeune?

Quelque part dans Finissant(e)s se cache un film pertinent sur le non-sens adolescent. Dans le même département, Henry Bernadet et Myriam Verreault parvinrent à y déchiffrer quelque chose en 2008 avec le très drôle et touchant À l’ouest de Pluton, au sujet d’une journée dans la vie d’un groupe de jeunes en banlieue de Québec. Le tandem savait s’effacer derrière leur sujet; Ouellet préfère plutôt s’embourber dans des effets qui tombent à plat et oublier par le fait même ce qui est le plus intéressant dans son film : ces jeunes à qui l’ont peut aisément s’identifier. Dommage, car nous savons le réalisateur capable de beaucoup mieux lorsqu’il a le regard clair.

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.