Un homme arrive à une chambre d’hôtel, s’y commande un ultime repas pour finalement se jucher sur le mince parapet de la fenêtre de sa chambre d’où il menacera ensuite de sauter.  C’est sur cette trame de fond que s’animeront les acteurs de ce thriller classique qui réussit à entraîner son public dans son atmosphère nerveuse de course contre la montre.

Dès les premières minutes du film, le réalisateur Asger Leth nous plonge dans le feu de l’action. Dans Man on a Ledge, pas d’introduction, et peu d’explications sur le passé des personnages.  Armé d’un seul flash-back introduisant la base nécessaire à la compréhension partielle de la situation de Nick Cassidy (Sam Worthington), l’homme qui menace de sauter, le réalisateur préfère nous donner les informations au compte-goutte au cours du récit.  On ne précipite pas les explications et on laisse le temps aux personnages de prendre leur place avant de nous transmettre des réponses à leur sujet.

Man on a Ledge est conçu de manière à présenter en alternance plusieurs personnages qui vivent chacun à leur manière la situation de crise et qui offrent différents niveaux de compréhension du récit.  On passe tour à tour de la négociatrice réclamée par le désespéré (Elizabeth Banks) qui tente péniblement de le raisonner et de lui venir en aide, au frère de Cassidy (Jamie Bell) qui, aidé de sa copine (Genesis Rodriguez), tente de pénétrer par infraction dans une bijouterie appartenant à un riche homme d’affaires New Yorkais (Ed Harris).  Ponctuer à tout cela les interventions multiples de la police et le cafouillage de la foule spectatrice du drame et vous obtiendrez la recette exacte de ce qui fait de Man on a Ledge un film dans l’ensemble plutôt réussi.

Le rythme effréné du film nous tient en haleine tout au long de la projection.  Le scénario mélange adroitement les interventions des différents protagonistes de l’histoire, et le montage nerveux met équitablement en scène ces différents segments.  La musique prend cependant trop de place, et elle fait monter la tension de manière bien peu subtile.  Malgré le fait qu’une trame sonore aussi appuyée était prévisible dans un film comme celui-ci puisqu’il en est rarement autrement dans des réalisations aussi typiquement américaine et grand public, le film aurait gagné en finesse si elle avait été davantage effacée.

Bien qu’elle soit finement ficelée et rodée au quart de tour, l’intrigue présentée dans Man on a Ledge comporte des aberrations qui font décrocher.  Il est difficile de croire que deux jeunes adultes (le frère et sa copine) n’ayant de toute évidence jamais commis de crime (ou du moins de crime de cette envergure), réussissent à pénétrer une chambre forte soi-disant impénétrable et supposément dotée de la fine pointe en la technologie en matière de protection.  Quelques autres raccourcis font sourciller.  Les nombreuses scènes de fuites et  de poursuites tape-à-l’œil nous rappellent regrettablement que Man on a Ledge n’est, d’abord et avant tout, qu’un film à pop corn américain et que son but premier n’est pas la crédibilité.

Malgré ces invraisemblances, le film s’en sortirait très bien si ce n’était de sa finale bâclée.  Réunissant tous les clichés imaginables, la dernière scène est un amalgame de ces séquences de mauvais goût rafistolées ensemble qui nous sont rapidement expédiées en pleine figure.  Le film aurait réellement gagné à éliminer du kitsch, quitte à raccourcir ou carrément éliminer la scène finale si peu indispensable.

La plupart des acteurs sont bons dans leurs rôles respectifs, mais quelques-uns font exception.  C’est le cas de Genesis Rodriguez qui incarne sans surprise le rôle de l’aguichante de service.  Munie d’un décolleté si plongeant qu’elle pourrait aussi bien se passer de chandail sans qu’on y voie de différence, elle vient remplir le rôle type de la fille de tête latino-américaine éblouissante en toutes circonstances, même lors d’un délicat braquage.  Elle sert insipidement quelques insultes en espagnol, histoire de rajouter un peu de personnalité à l’ensemble, mais demeure bien fade et sans substance.  Bémol aussi du côté des ennemis de notre héros qui sont tellement unidimensionnels que c’en devient ridicule.  Les « méchants » ne sont que des « méchants » profiteurs assoiffés d’argent et sans scrupules.

Man on a Ledge  n’est pas un film où on s’ennuie.  Le rythme efficace du film et la montée de la tension parviennent à nous faire oublier que ses personnages sont parfois fades et communs.   Un classique américain typique qui, bien qu’il ne laisse pas une minute planer le doute sur sa finale convenue, a tout de même le mérite d’être divertissant.