À onze ans, Cyril (vous allez vous rappeler de son nom, on lui court après en l’appelant les dix premières minutes du film) est un enfant turbulent. À la recherche de son père qui l’a placé dans un foyer, le gamin parcourt la ville avec une obstination et une propension à vivre des aventures seulement égalées par Rémi sans famille. Lors d’une première fuite pour retrouver la trace de papa l’ingrat qui visiblement brouille les pistes, il tombe littéralement dans les bras de Samantha (Cécile de France), jeune femme qui tient un salon de coiffure et qui prendra rapidement la décision, après lui avoir retrouvé son vélo vendu par le parâtre en toute canaillerie, de s’occuper de Cyril durant les fins de semaines. Malgré l’affection maternelle qui lui est témoignée, le gamin tombera sous le charme d’un petit truand du quartier, Wes, qui s’avèrera, on s’en doute, une piètre substitution de figure paternelle. Entre l’ombre et la lumière chantait jadis Marie Carmen.

Sans fioriture, le huitième long-métrage des frères Dardenne avance comme un vélo dans la nuit, empruntant au récit initiatique une structure déjà réglée, à quelques détails près. Cette même réalisation naturaliste qui les caractérise – moins l’extrait extradiégétique du concerto pour piano no.5 de Beethoven qui vient ponctuer les différents tableaux du récit – s’efface derrière l’authenticité du jeu des acteurs. Dardenne, naturalisme, authenticité… des mots qui font peur dans un même paragraphe (une collègue a taxé leurs films de chiants après la projection), mais qui s’accordent pour produire un film simplissime question fond et forme, mais riche au niveau de l’affect. L’évolution de la relation mère-fils est prévisible, mais pince comme une claque non annoncée à la gueule, grâce à l’énergie de Thomas Doret et au caractère désintéressé du jeu de Cécile de France. Jérémie Renier est également parfait en papa-enfant-trou-de-cul, sorte de cousin plus mou de son Steve dans l’Enfant des mêmes réalisateurs.

Il a beaucoup été question, en parlant du film, qui s’est mérité en passant le grand prix à Cannes cette année (ex aequo avec Il était une fois en Anatolie), de ce tournage en été, de cette luminosité dans le récit, de ce point de vue serré sur l’enfant. Les Dardenne en Rock Demers et ce Gamin au vélo en Conte pour tous? Seulement si vous êtes prêts à estampiller le tout du sceau Dogme95 et si vos enfants ont la couenne dure. Force est d’admettre que le succès du film est aussi redevable à une certaine universalité du récit, celui d’un enfant intelligent et plein de fougue qui ne demande finalement qu’à être aimé, ce que les Dardenne comprennent avec leur acuité habituelle et mettent en scène avec tout le cœur et l’intelligence qu’on leur connait. Du grand cinéma.

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.

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