Décapant, drôle, direct, vrai, Le prénom est une comédie (dramatique ?) digne du Dîner de cons.  Également tiré d’une pièce de théâtre, ce huis clos exploite les échanges parfois cordiaux, souvent querelleurs d’un petit groupe de cinq personnes. Avec comme point de départ une discorde entourant le choix du prénom d’un enfant à naître, le film s’entortille dans toutes sortes de cachoteries et d’hypocrisie mises à nue pour finir par devenir un festival des quatre vérités balancées à tue-tête.  Chapeautant tout ce tapage, un texte magnifique d’Alexandre de La Patellière et de Mathieu Delaporte qui nous berce du rire aux larmes, par l’entremise de la mauvaise foi et du franc-parler.

Il faut dire avant tout que Le prénom, c’est surtout ses acteurs. Essentiellement basé sur six protagonistes, chacun des interprètes se devaient de posséder intimement son personnage afin de s’assurer d’en jeter rapidement les bases.  Et comme il se doit, chacun a su insuffler substance et charisme à ces Parisiens au tempérament si stéréotypé.

Sous le prétexte d’un souper entre amis se réunissent un couple de frère et sœur (le mordant Patrick Bruel et l’hystérique Valérie Benguigui) et leurs conjoints respectifs (l’intellectuel Charles Berling et la pincée Judith El Zein), ainsi qu’un ami d’enfance commun (le discret Guillaume de Tonquedec).  À cela se greffera la mère du duo frère sœur, l’excentrique Françoise (Françoise Fabian).  La table est mise, et de cette simple situation se déploieront de magnifiques tirades et de savoureux dialogues.

Bien sûr, tous ces beaux mots mis en bouche d’un mauvais interprète ne sauraient qu’être lourds et soporifiques.  Il n’en est cependant rien avec ces six excellents acteurs qui savent jongler avec les émotions, et ainsi nous guider à travers ces débordements émotifs et autres crêpages de chignon.  C’est d’ailleurs leur allure très désinvolte et naturelle qui rend à ces conflits un caractère si réel, et qui en fait donc l’intérêt.  On fuit le spectaculaire pour se concentrer sur le propos et la force des mots, le tout rendu par des personnages aussi poignants que sympathiques.

Le prénom étant un huis clos, c’est à travers le même lieu et les mêmes personnages que le spectateur passera par toute une gamme d’émotions véhiculées à travers des ambiances très réussies.  Tantôt à trancher au couteau, tantôt invitante et détendue, l’atmosphère est palpable et donne le ton à l’ensemble.  Avec une approche aussi réaliste, le réalisateur a choisi d’épurer au maximum sa mise en scène, avec notamment la quasi-absence de trame musicale.  Les réalisateurs Alexandre de La Patellière et Mathieu Delaporte se sont cependant visiblement amusés avec une introduction qui prend plus de libertés que l’ensemble du film qui, en opposition, obéit quasiment aux mêmes règles qu’une pièce de théâtre.  En effet, la fraîcheur de l’amusante introduction qui explore les destins tragiques des hommes historiques ayant donné leur nom aux rues empruntées par le personnage de Patrick Bruel a quelque chose qui rappelle énormément le style du Fabuleux destin d’Amélie Poulain.  Bien que l’idée ne soit pas nouvelle, on salut l’amusante manière d’intégrer un peu de dynamisme et de cinématographie à ce film uniforme dans la réalisation.

Toujours baigné d’une ambiance à saveur théâtrale, Le prénom est un fantastique recueil de dialogues et de tirades qui sont parfois poignants, souvent amusants, toujours intéressants.  C’est dans la simplicité désarmante de ce film que réside son succès, alors qu’il est rafraîchissant de voir un film qui se passe de tape à l’œil et d’extraordinaire pour se concentrer sur l’essentiel : le jeu et le texte.

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