Rompant avec les débuts cinématographiques de l’agent secret britannique tout autant qu’il leur rend hommage, Skyfall marque certainement un point de rupture dans l’approche avec laquelle les réalisateurs aborderont les prochains volets de cette franchise.  Plus rude, moins léché, ce dernier opus aborde le personnage de James Bond (Daniel Craig) avec plus d’humanité, plus de faiblesses que jamais, tout en laissant pratiquement tomber certains classiques ayant fait sa renommée, notamment avec la quasi-absence des Bond Girls.  Dirigée avec aplomb et doigté, cette réalisation du très talentueux Sam Mendes se classera certainement parmi les aventures de l’agent britannique les plus abouties.

Amenant James Bond au XXI siècle, l’intrigue de ce 23e épisode s’ancre profondément dans la modernité avec une menace de piratage informatique sur les informations top secrètes du MI6.  Bien décidé à faire baver M (Judi Dench) et son entourage, Silva (Javier Bardem), un cyber terroriste, mettra à jour l’identité d’agents secrets infiltrés, décimant ainsi les rangs des services secrets britanniques. Avec pour toile de fond une vengeance personnelle, le très instable et exubérant Silva mettra tout en œuvre pour mettre la main sur M, quitte à éliminer quiconque la protégera (lire ici James Bond).

Pour une rare fois, Skyfall donne du temps d’écran à ces personnages si intéressants qu’on laisse toujours trop dans l’ombre des scènes d’action enlevantes et des cascades époustouflantes.  Le véritable héros de cette histoire, c’est M à qui on donne beaucoup de profondeur et une couleur empreinte d’un caractère tenace et intransigeant.  Bien sûr, James Bond a la place privilégiée dans ce récit dont il est après tout l’ultime héros, mais Sam Mendes ne lésine pas sur l’apport des personnages secondaires qui viennent ici réellement donner un apport capital au récit.  Sarcastique et singulier, un nouveau Q fait son entrée, dans ce cas-ci pas seulement relégué à ses anciennes fonctions de créateur d’inventions incongrues.  Personnalisé par le jeune et mordant acteur Ben Whishaw, ses scènes ajoutent humour et dynamisme à un ensemble plutôt grave. D’ailleurs, peu de gadgets encore une fois apparaissent dans Skyfall, leur déclin constaté depuis Casino Royal en 2006.

Assurément, ce film a été écrit et réalisé par une équipe de personnes qui connaissent et aiment la série, mais qui ont tout de même eu la démarche de renouveler et de mettre au goût du jour un personnage dont on suit les péripéties depuis 50 ans maintenant.  Skyfall pose de nouvelles bases sur lesquelles s’appuieront sans doute les prochains volets qui viennent définitivement rompre avec le style plus léger centré sur les cascades qu’on avait vu jusqu’à présent.  Issu d’un scénario qui semble plus fignolé qu’à l’habitude, c’est de son histoire si simple que tient tout le génie de cette 23e adaptation.  Sans s’attarder à démêler une intrigue complexe et tarabiscotée, on laisse toute la place à ces personnages solidement campés par leurs interprètes.

Avec un réalisateur aussi chevronné que Sam Mendes à la barre, les attentes étaient hautes concernant la qualité d’exécution de ce dernier James Bond.  On aborde donc les combats avec beaucoup de créativité dans l’esthétique et un souci du détail peu vu dans les films d’action.  Skyfall nous amenant tour à tour à Singapour, à Macao, à Londres et en Écosse, les paysages en mettent plein la vie et son magnifiquement portés à l’écran.  Le montage également très soigné réussit à juxtaposer judicieusement certaines scènes clés, créant ainsi les moments forts du film.  Moment toujours tant attendu (dans mon cas), le générique d’ouverture est magnifique avec ses images graphiques et son esthétique dramatique.

Bourré de clins d’œil, ponctué de touches d’humour britannique qui viennent pimenter ses nombreuses scènes d’action, ce nouveau James Bond en met plein la vue.  Avec une cassure aussi nette par rapport aux volets précédents, cette version de Mendes pourrait certainement irriter les plus fervents admirateurs des James Bond de la vieille école.  Cependant, sans trop dénaturer le personnage et le style, Skyfall reste un James Bond, avec toutes ses prouesses improbables ces situations auxquelles l’agent se dépêtre miraculeusement.  Oui, James Bond résiste aux balles, à l’hypothermie et au feu, mais après tout, s’il ne le faisait pas, serait-il vraiment 007 ?