Tout droit sorti des tiroirs des dossiers de secret de défense américaine, le cas Argo est de ces faits historiques qui frôlent l’invraisemblance tant ils sont extravagants.  L’histoire abracadabrante de l’exfiltration de six membres de l’ambassade américaine cachés chez les Canadiens en Iran lors de la révolution de la fin des années 70 était toute désignée pour une production  hollywoodienne à grand déploiement.  Amenant à la barre du projet de gros noms d’acteurs comme Ben Affleck et John Goodman, œuvre en partie produite par George Clooney et M. Affleck lui-même, cette superproduction aux apparences de docu-fiction a tous les éléments pour créer de grosses vagues dans l’année cinématographique 2012.  Grâce à sa réalisation efficace et ancrée dans la tension, il est à parier qu’Argo se classera certainement dans les films dont on parlera le plus cette année.

En 1978, les tensions entre l’Iran et les États-Unis atteignent des sommets avec la chute du Shah (le dictateur iranien) alors soutenu par les Américains, résultat du soulèvement de la population contre son leader.  C’est cependant au cours de l’année suivante que la situation dégénère réellement pour les Américains présents en sol iranien, lors de la prise de leur ambassade.  En plein cœur du chaos causé par l’invasion de membres de la population révoltée, six membres de cette ambassade parviennent à échapper à la rafle d’arrestation qui y a lieu.  Réfugiés chez l’ambassadeur canadien, les six fugitifs sont alors recherchés par les autorités et risquent l’exécution publique.

C’est devant cette impasse que les États-Unis tentent de mettre sur pied un plan afin de secourir les six Américains cachés, tout en maintenant secret leur emplacement.  À bout de ressources, la CIA décide d’utiliser le prétexte d’une équipe de repérage pour les décors d’un film de science-fiction canadien nommé Argo afin de réussir à faire sortir les six Américains sous le nez des autorités iraniennes.

Dès ses premières minutes, Argo nous brosse un rapide mais efficace portrait de la situation iranienne, alternant entre images d’archives et dessins de style story-board.  Cette intégration de films d’époque, tout comme les reconstitutions d’images ayant marqué le conflit, donne le ton à ce film à la réalisation efficace, quoique trop mélodramatique par moments.  De même, le traitement de l’image qui semble vieillie réduit l’impression de collage des séquences d’archive et donne un tout plus uniforme et plus crédible.

Malgré une émotion qu’on force à faire jaillir à grand coup de musique dramatique, Argo est un récit qui entraîne le spectateur dans une ambiance de tension à travers une histoire racontée à un rythme soutenu.  Sans temps mort, cette réalisation de Ben Affleck est efficace et évite de faire de ce récit tiré par les cheveux une histoire confuse et ridicule.  En général bien calibré, le film perd cependant des plumes dans ses derniers milles.  Trop convenue, trop dramatique, la conclusion sape le sérieux avec lequel le sujet est traité tout au long de ses 120 minutes.

Alternant habilement entre légèreté et tension dramatique, Argo nous entraîne dans différents registres d’émotions qui assurent diversité à l’ensemble.  En partie grâce au sens comique d’Alan Arkin et John Goodman, très complices à l’écran, les scènes hollywoodiennes sont drôles et rafraîchissantes, plus que bienvenues dans cette ambiance grave.  Revêtant une fois de plus le double rôle de réalisateur et de premier rôle, Ben Affleck performe davantage derrière la caméra que devant.  Sans être mauvais, il livre de manière correcte une performance qui s’efface toutefois derrière le panache des autres personnages et de l’histoire qu’il met en scène.

Grâce à ses considérables ressources (financières, publicitaires), Argo s’est donné le moyen de présenter une histoire de politique internationale de manière simple et surtout très accessible.  Certainement, ce film parvient à ne pas s’égarer dans des détails complexes et reste toujours centré sur son sujet principal : l’impasse iranienne.  Captivant, haletant, Argo plait aurant par son sujet que par son traitement.  Sans être le film de l’année, on peut dire qu’Affleck a visé en plein dans le mille en ressortant des boules à mîtes cette extravagante histoire de courage et d’audace sûre de plaire à un public américain avide d’histoires patriotiques.

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