Alors qu’il n’en est qu’à ses premiers balbutiements dans la vaste discipline des longs métrages, Brandon Cronenberg, fils du célèbre réalisateur dont la réputation n’est plus à faire David Conenberg, semble déjà vouloir s’imposer comme un spécialiste de l’esthétique gore et peu ragoûtante. Antiviral en est la flamboyante preuve.

Loin de pouvoir convenir à tous, ce film mélangeant science-fiction et triller, frôlant même l’horreur par moments, raconte l’histoire tordue de communion biologique entre des célébrités et leurs admirateurs immodérés. Dans ce monde futuriste, des compagnies s’enrichissent en commercialisant des virus ayant infecté des personnalités célèbres afin de les transmettre à des fanatiques désireux de mieux communier avec l’objet de leur obsession en partageant les mêmes expériences de souffrances physiques. Un jeune homme à l’emploi d’une de ces compagnies, Syd March (Caleb Landry Jones), s’infectera par un de ces nouveaux virus dans le but d’en faire la contrebande, mais la fulgurante maladie s’avérera finalement mortelle pour la femme célèbre (Sarah Gadon) l’ayant développée en premier. March tentera donc à tout prix de réchapper de cette maladie avant qu’il ne soit trop tard, tout en tâchant de fuir ceux qui voudront profiter de lui afin de mettre la main sur le virus en question.

Avec un enrobage visuel exceptionnel et une puissante ambiance sonore, Antiviral nous plonge dans un monde à l’esthétique tantôt froide et clinique, tantôt répugnante et animale. Passant d’un extrême à l’autre, Cronenberg fils met en scène des séquences aseptisées à l’excès bordées de visions dégoulinantes d’hémoglobine. D’ailleurs, aiguilles, biopsies et chaires sanguinolentes trônant en rois dans ce film, nous vous prions, cœurs sensibles, de bien vouloir vous abstenir. Mais au-delà de tout ce sang et de tout ce tape-à-l’œil, ce qui frappe le plus dans Antiviral c’est le talent avec lequel le réalisateur compose ses images, choisit ses plans et décide de ses mouvements de caméra. C’est d’une main de maître de Brandon Cronenberg met en place, avec ces procédés filmiques qu’il maîtrise si bien, un univers unique qui sait rendre le spectateur mal à l’aise.

Ayant fait appel à des acteurs principaux plutôt jeunes au premier plan de sa distribution (exception faite de Malcolm McDowell), Cronenberg s’est cependant assuré de maintenir un calibre de jeu remarquable. Caleb Landry Jones, qu’on n’avait vu que dans des rôles plutôt secondaires (X-Men : First Class, Contraband), crève l’écran de sa présence étrange et de son jeu physique subtil. Très intense, il habite son personnage avec passion et retenue. On ne s’étonnera pas beaucoup de l’apparition de Sarah Gadon dans Antiviral, cette actrice canadienne ayant collaboré quelques fois avec David Cronenberg. Malgré une présence restreinte à l’écran, Gadon laisse sa marque dans cette personnification de la perfection qu’est son personnage de la célébrissime Hannah Geist. Antiviral étant un film de peu de personnages, chaque acteur réussi à occuper l’écran de sorte à habiter ce film lent exempt de longueur ou de temps mort.

Très théâtral, voire surréaliste par moments, Antiviral est une sorte de critique de notre société capitaliste où le culte de la célébrité prend des proportions délirantes. Mettant en pleine face des spectateurs des personnages remarquablement intelligents, mais impuissants et misérables face à la force des maux qui les assaillent, ce film cru dépeint une humanité aussi bestiale que sophistiquée et évoluée. Parfois grotesque, toujours intense, Antiviral n’est pas de ces films faciles à percer. Assurément, il est de ces films qui sauront diviser le public et susciter les débats.

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