The Last Gladiators | Alex Gibney | États-Unis | 94 min

Antiviral | Brandon Cronenberg | Canada | 110 min

La vie d’une autre | Sylvie Testud | France | 97 min

Somewhere to disappear | Laure Flammarion et Arnaud Uyttenhove | France | 57 min

Après la neige | Paul Barbeau | Québec | 74 min

À moi seule | Frédéric Videau | France | 91 min

Doomsday Book | Kim Jee-woon et Yim Pil-sung | Corée du Sud | 110 min

El Huaso | Carlo Guillermo Proto | Canada | 78 min

The Most Fun I’ve Ever Had With My Pants On | Drew Denny | États-Unis | 95 min

Avant que mon cœur bascule | Sébastien Rose | Québec | 110 min

L’affaire Dumont | Podz | Québec | 120 min

 

The Last Gladiators | Alex Gibney | États-Unis | 94 min

Le FCVQ a réussi une grosse prise avec la présentation hier du documentaire The Last Gladiators d’Alex Gibney.  C’est l’histoire touchante de quelques-uns de ces gros bras du hockey, les goons, qu’on y présente d’un coup d’œil rarement porté.  The Last Gladiators s’attarde plus particulièrement sur la vie de Chris Nilan, une vedette des Canadiens de Montréal qu’on suit des ses glorieux débuts à sa chute.  Accablé de troubles profonds, c’est sans complexes et en toute honnêteté que Nilan nous dévoile la déroute de sa retraite, ses faiblesses et ses erreurs, notamment sa dépendance à l’alcool, aux drogues dures comme l’héroïne, pour finir avec les conséquences désastreuses que son comportement eut sur sa famille et sur ses proches.

C’est avec une approche très humaine qu’Alex Gibney nous propose ce sujet pour le moins surprenant, mais extrêmement touchant, témoignant d’une douleur invisible et souvent insoupçonnée.  Débutant avec l’enfance de Nilan, The Last Gladiators installe graduellement son sujet principal, soit les conséquences qu’une telle vie eut sur les goons en question, sans précipiter les évènements.  Prenant le soin d’insérer de nombreuses images d’archives, entrecoupées d’interviews avec les joueurs concernés et allant même jusqu’à intégrer des extraits du film Slap Shot, Gibney offre un produit fini aussi divertissant que poignant.  Ne présentant cependant qu’un seul point de vue, on aurait aimé avoir aussi le son de cloche des joueurs étoiles, qui subissaient autant les assauts et l’intimidation de ces armoires à glace qu’ils en profitaient en bénéficiant de leur protection.

Avec malheureusement aucune date de sortie pour l’instant au Québec, The Last Gladiators gagne à être vu, et ne manquerait pas, par le fait même, de relancer le débat toujours aussi chaud et actuel de la place de la violence sur la glace. (Caroline Savard)

 

Antiviral | Brandon Cronenberg | Canada | 110 min

Alors qu’il n’en est qu’à ses premiers balbutiements dans la vaste discipline des longs métrages, Brandon Cronenberg, fils du célèbre réalisateur dont la réputation n’est plus à faire David Conenberg, semble déjà vouloir s’imposer comme un spécialiste de l’esthétique gore et peu ragoûtante.  Antiviral, en est la flamboyante preuve.

Loin de pouvoir convenir à tous, ce film mélangeant science-fiction et triller, frôlant même l’horreur par moments, raconte l’histoire difficile à figurer de communion biologique entre des célébrités et leurs admirateurs immodérés.  Dans ce monde futuriste, des compagnies s’enrichissent en commercialisant des virus ayant infecté des personnalités célèbres afin de les transmettre à des fanatiques le désirant, le tout pour de leur permettre de mieux communier avec l’objet de leur obsession.  Un jeune homme à l’emploi d’une de ces compagnies, Syd March (Caleb Landry Jones), sera infecté par un de ces nouveaux virus qui s’avérera finalement mortel pour la femme célèbre (Sarah Gadon) l’ayant développé en premier.  Il tentera donc à tout prix de réchapper de cette maladie avant qu’il ne soit trop tard, tout en tâchant de fuir ceux qui voudront profiter de lui afin de mettre la main sur le virus en question.

Avec un enrobage visuel exceptionnel et une puissante ambiance sonore,  Antiviral nous plonge dans un monde à l’esthétique froide et clinique par moments, répugnante et animale en d’autres instants.  Passant d’un extrême à l’autre, Cronenberg fils met en scènes des séquences aseptisées à l’excès bordées de visions dégoulinantes d’hémoglobine.  D’ailleurs, aiguilles, biopsie et chaires sanguinolentes trônant en roi dans ce film, nous vous prions, cœurs sensibles, de bien vouloir vous abstenir.  Mais au-delà de tout ce sang et de tout ce tape-à-l’œil, ce qui frappe le plus dans Antiviral c’est le talent avec lequel le réalisateur compose ses images, choisit ses plans et décide de ses mouvements de caméra.  C’est d’une main de maître de Brandon Cronenberg met en place, avec ces procédés filmiques qu’il maîtrise si bien, un univers unique qui sait rendre le spectateur mal à l’aise. (Caroline Savard)

 

La vie d’une autre | Sylvie Testud | France | 97 min

Cours 101 du réalisme magique au cinéma. Vous prenez une histoire tout à fait banale et ancrée dans une réalité convaincante pour tous (jeune femme de vingt-cinq ans tombe en amour avec le fils de son futur patron) et insérez ensuite un moteur narratif surnaturel et improbable (jeune femme se réveille le lendemain de sa première nuit avec l’homme de sa vie quinze ans plus tard, toujours avec lui, plus un gosse, plus un salaire dans les sept chiffres, moins la mémoire de l’entre-temps). Pimentez la sauce en jouant avec les cartes (femme en rogne avec l’homme idéal, même qu’ils sont en instance de divorce et qu’elle ne sait pas pourquoi) et vous vous retrouvez devant une comédie dramatique française sans prétention sur la nécessité de vivre dans le moment et de s’occuper de ceux qu’on aime afin d’être heureux.

Première réalisation de l’actrice Sylvie Testud (Stupeur et tremblements, Sagan), La vie d’une autre accomplit sa mission d’être un film de dimanche après-midi pas trop gênant, notamment grâce à l’assurance de sa réalisation (très belle direction photo, soit dit en passant) et au jeu sans tâches de ses acteurs principaux, c.-à-d. Juliette Binoche et Mathieu Kassovitz, la première particulièrement, possédée par son rôle comme si elle tournait à nouveau pour Kieslowski. Ça ne révolutionne rien bien sûr, parfois on aimerait même un peu plus de folie et de relâchement, surtout vers la fin, mais au défilement du générique l’on se dit que dans le genre, c’est généralement cent fois pire. La chimie opère et la morale, quoique nunuche de par son conformisme, est développée avec conviction.

Tout de même, l’on se tranche les mains si le film remporte le prix de la section Prestige du festival. (Jason Béliveau)

 

Somewhere to disappear | Laure Flammarion et Arnaud Uyttenhove | France | 57 min

La grotte où disparaître des yeux de la société. À l’ère de l’information et de la mondialisation, vouloir effacer ses traces, dans un geste de modestie qu’invoque d’une manière tordue le respect. L’ermitage dans une pièce sombre, n’est-ce pas aussi par extension la cinéphilie? Sans vision et de surface, le documentaire Somewhere to disappear suit dans ses pèlerinages le photographe Alec Soth alors qu’il travaille sur son projet Broken Manual, sorte de petit guide imagé sur comment s’effacer du monde. Il rencontre alors dans sa recherche de nombreux reclus ou survivalistes modernes, déniché au milieu de nulle part dans des habitations de fortune. Entre le romantique et le paranoïaque, celui qui aime tout le monde et le misanthrope, c’est toute une ribambelle de marginaux que Soth rencontre, certains amusants, d’autres à faire tirer les larmes, mais tous d’un intérêt documentariste incontestable. Parmi les plus touchantes, celle avec Garth, gentil anticonformiste gai habitant le désert depuis plus d’une vingtaine d’années, et celle avec un redneck sortant tout droit de Texas Chainsaw Massacre, claustré dans une maison en ruine.

Et voilà où le film fait fausse route, en se concentrant beaucoup plus sur le parcours de ce photographe alors que le sujet derrière est beaucoup plus intéressant. Nous voyons donc Soth capter des lieux déserts sur fond de musique languissante entre deux brèves entrevues. Jamais ne sera-même abordé les raisons de ce désir de Roth de disparaître, du moins jamais au-delà de ce désir selon lui de ne pas tant travailler sur la fuite que sur l’idée de la fuite. Ah bon. Aucune tentative non plus de développer le filon sociohistorique de la paranoïa rampante alors que presque tous ceux qu’il rencontre exprime une extrême méfiance envers le gouvernement en y allant de théories du complot démesurées sans bon sens. L’on sort donc du film un peu déboussolé, sans repères au milieu d’un no man’s land cinématographique, en oubliant que s’ils semblent perdus, plusieurs de ces originaux se sont en fait trouvés en retrait de la civilisation. Nous aurions aimé savoir comment et pourquoi. (Jason Béliveau)

 

Après la neige | Paul Barbeau | Québec | 74 min

Aussi long et froid que l’hiver malgré ses maigres 74 minutes, Après la neige est un film très personnel et intimiste qui ne parvient pas totalement à s’ouvrir à son public.  Racontant l’histoire d’un père divorcé ayant du mal à renouer avec son fils adolescent pour qui il a été souvent absent, ce film se veut aussi une critique du piratage qui mine l’industrie de la musique en plus d’être un hommage à l’époque révolue des vinyles, phonographes et autres anciens systèmes.  En effet, l’homme au centre du récit est un ex-producteur qui a vu sa carrière dans l’industrie du vidéoclip être anéantie avec l’essor d’Internet et de son règne de la gratuité.  Cependant, malgré ce propos actuel et touchant entremêlé de détresses personnelles, et doublé en plus de cette costaude ambition de faire de ce film un récit aux nombreux messages, cette réalisation de Paul Barbeau ne parvient jamais à trouver son rythme et à prendre son envol.

Enveloppé d’une superbe direction photo et d’une trame sonore bien mise en valeur,  Après la neige n’en demeure pas moins une coquille vide.  Avec son approche hyper réaliste, le film multiplie les scènes creuses et les longueurs.  Cette touchante histoire remplie de subtiles métaphores et saupoudrée de moments émouvants reste malgré tout diluée dans une succession de scènes moroses qui ne réussissent pas à maintenir vivant l’intérêt du spectateur.  Bref, un film avec de belles idées et de fortes émotions qu’il ne parvient pas à nous communiquer autrement que édulcorées à l’excès. (Caroline Savard)

 

À moi seule | Frédéric Videau | France | 91 min

Sans manquer de nous rappeler plusieurs faits divers se rapprochant de ce type de récit, À moi seule est film qui inspire fascination et malaise en nous présentant l’histoire s’étirant sur plusieurs années d’un ravisseur d’enfant et sa victime.  Enlevée à l’âge de 10 ans, Gaëlle (Agathe Bonitzer) vit un quotidien qui frôle la normalité avec son kidnappeur Vincent (Reda Kateb), qui l’élève dans un environnement clos.  Vincent tâchera donc de l’élever et de l’éduquer dans une ambiance presque amicale, mais ponctuée de moments de crises et d’excès de colère, d’intimidation et de domination.  Alors qu’il laisse soudainement partir Gaëlle au bout de huit ans de captivité, cette dernière devra se reconstruire et tâcher de retrouver son équilibre.  Entourée d’intervenants trop contrôlant à son goût, de parents complètement démolis et traumatisés, elle devra apprendre à lâcher prise avec son ancienne vie de captive.

Pour son second film, le réalisateur et scénariste Frédéric Videau a fait appel à des acteurs très posés, mais aussi très intenses qui livrent des interprétations justes.  Sans trop tomber dans le jeu de victime/bourreau, c’est avec beaucoup de sobriété et de nuance qu’on nous plonge dans cet univers complètement déséquilibré malgré la quasi-impression de normalité qui s’en dégage.  Bien que le film reste trop en surface concernant la psychologie du ravisseur et de la victime, À moi seule témoigne avec assez de justesse les zones d’ombres qui teintent la personnalité du criminel et sa volonté de ne pas outrepasser les règles qu’il s’est lui-même fixé vis-à-vis de sa captive.  Malgré les quelques éléments scénaristiques manquants et autres fausses notes, notamment le fait qu’on évacue très rapidement les parents du récit, À moi seule reste un film digne d’intérêt qui met sur la table un sujet rarement montré au cinéma. (Caroline Savard)

 

Doomsday Book | Kim Jee-woon et Yim Pil-sung | Corée du Sud | 110 min

Triptyque fantastique à l’image de Three Extremes (2004) et de Tokyo (2008), Doomsday Book explore avec une légèreté parfois déconcertante le concept de fin du monde imminente, sujet chéri de cinéastes de tout acabit depuis la prolifération de prédictions apocalyptiques pour la fin de l’année 2012. En ouverture et en fermeture, Yim Pil-sung se vautre dans un humour soit gore dans A Brave New World, alors qu’une infection alimentaire fulgurante transforme l’humanité en une meute de zombies dépravés, soit absurde dans Happy Birthday, où une gamine découvre que l’arrivée d’un météorite qui percutera Seoul est liée à une commande d’une boule de billard sur Internet deux ans auparavant.

Les gags font mouche, particulièrement lors des scènes télévisuelles où la panique généralisée s’en prend aux animateurs de nouvelles et panellistes politiques, mais en rétrospective ces divertissements s’avèrent inoffensifs compte tenu de leur sujet, afin de servir peut-être d’entrée et de dessert au volet dirigé par Kim Jee-woon (I saw the Devil), The Heavenly Creature, beaucoup plus dense thématiquement, où un réparateur de robots est appelé à se rendre dans un temple bouddhiste afin de vérifier un modèle apparemment défectueux. En effet, sur place l’homme découvre que les moines du temple considèrent le robot comme étant la dernière réincarnation de Bouddha. S’en suit des discussions un peu pompeuses à propos de ce qui fait de nous des humains (l’art et la religion, domaines que l’intelligence artificielle ne pourra jamais percer supposément). Kim Jee-woon se prend ici au sérieux, et même s’il utilise comme point de départ esthétique le magnifique vidéoclip de All is Full of Love de Björk réalisé par Chris Cunningham, le résultat futuro/mystique accompagnerait plus efficacement la musique d’un groupe nü metal. (Jason Béliveau)

 

El Huaso | Carlo Guillermo Proto | Canada | 78 min

Je crois que le FCVQ ne m’aime pas cette année. Après la projection désastreuse de The Most Fun I’ve Ever Had With My Pants On vendredi soir, c’est au tour du documentaire El Huaso de Carlo Guillermo Proto de confirmer la malédiction du Salon bleu du Capitole. Quinze minutes avant sa fin donc (!), le film fut victime d’une attaque DCP, caractérisée par une succession de crispations pixélisées sur l’écran et de sueurs froides dans la salle. Tragique, surtout lorsque c’est la mort qui était regardée de face, celle annoncée de et par Gustavo Proto, père du réalisateur.

Aux premiers stades de ce qu’il soupçonne être la maladie d’Alzheimer (sa mère en a souffert), Gustavo  est en proie à de violents accès de mélancolie. Flirtant avec l’idée du suicide afin de déjouer l’inévitabilité de la maladie et de libérer sa famille de l’éventuel poids d’une présence que physique, il retourne au Chili afin de préparer son départ. S’il avance qu’il veut exécuter son projet afin de mourir avec dignité, sa famille y voit également chez lui un prétexte pour mettre à terme les idées suicidaires qui l’habitent depuis presque toujours (son père s’est enlevé la vie alors qu’il avait 16 ans).

Narré par Gustavo lui-même, d’une résolution à glacer le dos, El Huaso dévoile avec beaucoup de cœur les dynamiques étranges et conflictuelles régissant les relations entre les membres d’une famille déchirée par la dépression et la maladie mentale. Si la décision de Gustavo peut être perçue comme noble et humaine, d’un autre côté elle peut être vue comme capricieuse et égoïste (il n’a que 58 ans, est en bonne santé et rien ne garantit au début du film qu’il est atteint de la maladie). C’est sur cette mince ligne que le film dresse le portrait touchant d’un homme simple et aimant, dont on a pu malheureusement connaître la fin (si même elle a eu lieu). (Jason Béliveau)

 

The Most Fun I’ve Ever Had With My Pants On | Drew Denny |États-Unis | 95 min

À ceux qui avancent qu’avec le DCP (Digital Cinema Package, bref, la projection numérique) tout est plus facile et simple et lisse comme le cul d’un canard : nous en sommes à notre troisième projection au FCVQ et déjà un problème technique nous empêcha de visionner un film dans sa totalité. Mais les trente premières minutes de The Most Fun I’ve Ever Had With My Pants On nous paraissant le double, nous vous avouerons que tout cela était providentiel au point de soupçonner une intervention supranaturelle.

Après un tiers donc, dans la salle bondée du Salon bleu du Capitole, le film recommença du début, et même si le problème fut éventuellement réglé après plusieurs minutes, nous étions alors très très loin de cette histoire banale à propos de deux jeunes filles dans le vent incroyablement belles parcourant le désert du sud des États-Unis après la mort du père de la première afin de permettre à la deuxième de participer à une audition pour un film ou une série-télé, peu importe. L’une est extravertie, l’autre pas, il faut donc déniaiser la dernière en la forçant à se ramasser un quidam redneck dans un bar du fin fond du rang, plus par naïveté que par ironie, parce qu’il n’y a rien de dangereux là-dedans bien sûr, surtout lorsque tu pousses hors de la voiture le type à la mine patibulaire en question les pantalons encore aux genoux. Nous en étions rendus là quand le coït fut interrompu (t’as pognes-tu?), et en spéculant sur la suite de l’histoire, si la réalisatrice Drew Denny est un tant soit peu concernée par le réalisme de son cinéma, la scène suivante montrait probablement les ingénues créatures se réveillant nues et tuméfiées dans un fossé. Nous le saurons jamais faut croire.

En tirant des conclusions hâtives, voici un cossin cossu et satisfait de son badge indé, 16mm n&b à l’appui, qui nous confirme heureusement que nous ne sommes pas désespérés au point de refuser de voir qu’au-delà de ces fessiers en forme de cœur serrés dans du jean et de ces tétons pointant à travers de transparents chemisiers se trouve justement le désert, parsemé de virevoltants et d’illusions d’oasis rafraîchissantes (pardonnez les images, il est tard). Bouillie pour festivaliers de type Sundance, tout ça sent fort le fromage qui fait quirky quirky.

Et si, par télépathie, l’ennui d’un public pouvait court-circuiter les projections DCP? (Jason Béliveau)

 

Avant que mon cœur bascule | Sébastien Rose | Québec | 110 min

Première surprise du festival, ce minuscule film naturaliste signé Sébastien Rose (La vie avec mon père, le prophétique Le banquet) est décoché comme un crochet en pleine poire grâce à principalement à sa direction d’acteurs, irréprochable, nous irons jusqu’à dite égalée seulement par Camion cette année au Québec. Et au centre de cette distribution de haute voltige, incluant Sophie Lorain et Sébastien Ricard, trône la jeune Clémence Dufresne-Deslières, dans le rôle de Sarah, insoumise, indomptable, à la fois mère, amante et fille d’un duo de mâles violents et sans repères. Déferlants dans la nuit tels des droogies des temps modernes, pillant et détruisant tout sur leur passage, défigurant l’apparente sécurité de la banlieue – ne tenant finalement qu’à un fil – ces compagnons d’infortune sortent tout droit de la tradition romanesque du Southern Gothic, sauvages et batailleurs, envers et contre tous.

Et le récit fiche le camp sur les chapeaux de roue lorsque qu’une extorsion à la pointe d’un couteau se solde accidentellement par la mort d’un professeur,  le premier adulte à avoir écouté et tenté de comprendre Sarah, même si ce fut l’instant de quelques secondes. Lavée de tout soupçons après le crime, l’adolescente ne pourra s’empêcher d’aller rencontrer la veuve du défunt.

D’une âpreté moins spectaculaire que celle de L’affaire Dumont, reste des performances brutes que l’on ne veut imaginer dans des mains moins capables, et une mise en scène efficace et généralement transparente pour cette fable sur le passage à l’âge adulte d’une intelligence et d’une retenue rarement présentes dans notre cinéma, malgré ce que l’on se tartine d’éloges. Quoique, avec cette année Over my Dead Body, Laurence Anyway, Camion et maintenant ce film, l’on est à se demander ce qu’il faut pour que les gens aillent voir notre cinéma, surtout en apprenant cette semaine qu’il essuie son pire bilan en salle depuis 2000. Avant de sauter aux conclusions, voyons comment ce film s’en tirera lorsqu’il apparaîtra sur nos écrans en novembre. Ici on se croise les doigts. (Jason Béliveau)

 

L’affaire Dumont | Podz | Québec | 120 min

Débutant avec panache lors de sa cérémonie d’ouverture hier soir, le Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ) a lancé les festivités en projetant en primeur le film québécois L’affaire Dumont, une réalisation signée Podz.

À mi-chemin entre le documentaire de reconstitution et le cinéma-vérité, ce drame s’inspire directement de l’erreur judiciaire qui a provoqué l’incarcération d’un homme, Michel Dumont (Marc-André Grondin), accusé à tort de viol.  Cette aberration judiciaire lui aura coûté au final bien plus que trois ans de prison.  Dépouillé de toute dignité, c’est sans réelle présomption d’innocence que Dumont traversera ce désordre juridique qui aura tôt fait de rompre l’équilibre précaire de sa famille.  Ce sera finalement grâce à l’acharnement de sa nouvelle conjointe Solange Tremblay (Marilyn Castonguay), qui remuera ciel et terre afin de prouver l’innocence de son époux, qu’il recouvrera liberté et respect, notamment grâce au dossier qu’elle aura monté sur le manque de preuves et sur les failles de la démarche judiciaire l’ayant trouvé coupable.

Podz signe ici une réalisation soignée et respectueuse, moins crue que ses films précédents (Les 7 jours du Talion, 10 ½), mais qui n’en est pas moins poignante.  Loin de chercher à faire sensation, L’affaire Dumont s’en tient aux faits et se colle à la réalité, les dialogues des scènes judiciaires étant tout droit sortis des notes sténographiques du procès.  Tout à fait approprié pour offrir un regard respectueux sur le cas Dumont, le rythme lent finit tout de même par entraîner des longueurs qui paralysent le film.  Le recours à un montage qui entremêle les retours en arrière et les séquences dans le moment présent, bien qu’approprié et judicieusement utilisé, peut cependant se révéler confondant par moments.

Avant tout une histoire d’amour et d’acharnement, L’affaire Dumont c’est l’obstination et le refus de résignation de Solange Tremblay devant l’injustice subie par son époux.  Marilyn Castonguay, qui en est à ses premières armes au cinéma, interprète avec force et brio cette femme intelligente et combative.  Campant pour l’une des premières fois un rôle d’homme mûr, Marc-André Grondin joue avec beaucoup de retenue et de pudeur un rôle qu’il a su ne pas rendre insipide et vide.

Frôlant le documentaire par moments, L’affaire Dumont revisite les lacunes avec lesquelles le système judiciaire a traité le cas de Michel Dumont, nous permettant de nous questionner sur l’impartialité et la fiabilité de notre système de justice.  Encore aujourd’hui, les (très) nombreuses zones d’ombres qui sont restées non éclaircies dans cette affaire font de cette erreur judiciaire l’un des cas les plus tristement célèbres au Québec. (Caroline Savard)