Les critiques sont extrêmement partagées en ce qui concerne le dernier Clint Eastwood : J. Edgar. Pour ma part, je pencherai plutôt vers le positif. Parce qu’à mon avis, c’est plus qu’un film biographique : c’est un film sur l’Amérique, les États-Unis d’Amérique, plus précisément. Cette biopicraconte l’histoire de John Edgar Hoover — habilement acté, sourcils froncés en prime, par Leonardo DiCaprio — qui dirigea le FBI durant quarante-huit ans. Jusqu’à sa mort en 1972, sous Nixon — il dirigea, mentionnons, sous huit présidents, au sujet desquels il montait des dossiers confidentiels, pour les au-cas-où. (On l’a accusé de chantage, entre autres choses. Mais Hoover, vous comprendrez, était intouchable. D’ailleurs, il est mort de sa belle mort — entendons ici naturellement —, à soixante-dix-sept ans.) Mais plus qu’une histoire personnelle, Eastwood pose les balises de ce que deviendra le FBI actuel, nous propose une vision sur le processus qu’ont pris les États-Unis et ses dirigeants afin d’enrayer le crime ou, du moins, de le contenir. Les procès, la loi Lindbergh, les arrestations. Les dossiers, la classification d’empreintes digitales, le travail en laboratoire.

Certains critiquent l’aspect vie privée de J. Edgar. Les passages portant sur ses sentiments homosexuels envers Clyde Tolson, son numéro deux, et l’attachement quasi-maladif qu’il portait à sa mère. J’ai plutôt l’impression qu’Eastwood a voulu rendre à Hoover ce qu’il a pris aux autres, aux présidents, à ceux qu’il faisait chanter. Pas sous cet aspect, bien entendu, mais plutôt sous la forme de ces petits dossiers secrets, ces enregistrements privés, ces pièces à conviction, en quelque sorte. L’intimité. Les chambres d’hôtel, les sorties au club, les mains sous la table.

Nous entrons dans les pensées de Hoover par ses mémoires, part importante du film — ils sont dictés puis transcrits par un assistant ; c’est d’ailleurs grâce à ce procédé que nous passons du passé au présent tout au long du film —, mais aussi par la narration. En finale, lorsque J. Edgar Hoover nous somme de ne pas oublier notre histoire, c’est définitivement Eastwood qui s’adresse au spectateur.

Il ne faut pas oublier comment on en est arrivé là.

Ou, comme moi, ayant un curriculum plutôt mal garni en fait d’histoire américaine, apprendre comment on y est arrivé, là.