Extension et vulgarisation en règle de L’encerclement – La démocratie dans les rets du néolibéralisme de Richard Brouillette, le plus récent documentaire d’Hugo Latulippe perd au change la rigueur du premier film, mais parvient à pincer le nerf citoyen en synthétisant un portrait catastrophique de la société québécoise moderne. Cinquante-trois penseurs, philosophes, anthropologues, sociologues, humoristes, activistes, les 26 lettres de l’alphabet, dans le désordre, de l’Art à depuis les Zapatistes, en passant par Jouer en gang, nos bâtons de Hockey et Si on s’y mettait. Autant de blocs qui font réfléchir ou rire, où la partisanerie est mise de côté au profit d’idées, celles qu’on reproche à nos politiciens de ne pas avoir. Si certains écopent (Lucien Bouchard et son «il faut qu’on travaille plus»), c’est plutôt nous qui recevons par la bande la plus grosse part du blâme, de ne pas s’indigner, de ne pas rappeler aux capitaines que c’est nous qui menons réellement la barque. Et elle coule, la barque.

Reste qu’une suffisance émane des commentaires de quelques-uns de ces leaders québécois, comme si la social-démocratie qu’ils prônent plus souvent qu’autrement était la seule voie à prendre, tellement évidente, paraîtrait-il, que nous devons tous être un peu cons de ne pas y adhérer. À les voir décliner des vérités de La Palice, du genre que nous devrions tous un peu plus s’entraider, sacrer les multinationales dehors, on finit par ressentir un doux paternalisme, comme si le problème avait été réglé pour nous, qu’il nous resterait seulement à nous aligner sur les bons rails, à vouloir bon sang de bonsoir, pour voir le tissu social se rapiécer en une magnifique courtepointe multi culturaliste, altruiste, communautariste, alouette. L’intention est bonne, tape souvent dans le mille, mais comme nous le voyons avec le mouvement Occupy Wall Street qui se répand à travers le monde, le cynisme ambiant jure avec les idées légèrement pantouflardes de République. Nous dormons depuis si longtemps, il faudrait peut-être attendre un peu avant de nous chauffer les oreilles avec du rêve en barre.

Le danger est de prêcher aux convertis, à la manière de Religulous de Larry Charles et Bill Maher, et ce n’est sûrement pas la forme convenue du documentaire (les talking heads filmés en noir et blanc, la formule abécédaire, heureusement présentée dans le désordre) qui en fera un événement cinématographique qui intéressera un grand public, ce qu’il devrait être malgré tout pour avoir tenté de répondre avec cœur et intelligence à la question : à yousse qu’on s’en va?

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.

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