Taxidermiase termine sur cette phrase que je cite de mémoire, à peu près : « Pour certains, l’important c’est l’histoire. » Une mise en abyme qui renvoie au film, à tout ce que l’on vient de voir, oui, au personnage, puis directement au travail du réalisateur, György Pálfi, qui nous raconte d’une façon unique, d’une tragique beauté, le destin de trois hommes, de père en fils, la fin d’une lignée. Ici, j’ajouterais même un grand H à cette histoire condensée mais ô combien représentative de ces trois générations.

Parler de Taxidermia c’est nécessairement parler de sa finale.

La mémoire. En plein cœur de ces dernières minutes qui frôlent Matthew Barney et les teintes turquoise, blanche, rosée de son Cremaster 3 — ce film est grouillant de références artistiques et cinématographiques, si l’on sait les reconnaître, ou du moins si l’on croit le faire : il est magnifique de constater que même si nous y voyons Jeunet et Caro, une performance d’art corporel ou du cinéma d’horreur, c’est à la manière de Pálfi, une façon de faire unique que j’espère revoir sous peu. Mais la finale, qui boucle la boucle de ces années d’obsessions, alimentaire et sexuelle. Qui scelle les Balatony sur eux-mêmes par le vernissage — j’imagine la scène comme telle — d’une exposition artistique. En plan de plus en plus rapproché, le plus jeune des trois protagonistes, taxidermiste de métier, en tant que statue grecque. Sans bras droit. Sans tête. Posé sur un socle de verre renfermant ses entrailles préalablement prélevées et conservées. La chair découpée puis refermée maladroitement. Un corps pour en représenter trois. Le sexe du grand-père, le ventre cousu du père, métier du fils. Une œuvre d’art. Un suicide artistique, historique. Un corps comme œuvre. Un spécimen — le dernier d’une famille — sous verre. La mémoire, je disais.

La chair. Taxidermia c’est la chair sous toutes ses formes. Le sexe. La nudité. La masturbation pyromane, les relations bestiales. Un enfant avec une queue de cochon. La nourriture. Les concours de digestion rapide, le vomi, surtout, mais les divers fluides corporels. Des obèses. Des chats obèses. La mort. L’embaumement, la dissection. Le plus instinctif de l’humain, le plus laid, ou presque, enrobé dans un papier brillant et une direction photographique à couper le souffle. Il y a de ces moments oniriques et transcendants, ceux que l’on voudrait revoir et voir encore et revoir. Où l’écoeurement se mêle à la fascination.

Certains posent l’œuvre d’art sur vidéo.

György Pálfi impose le filmique comme artistique.

 

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