Alors qu’elle nous laissait il y a cinq ans à la fin de Deux jours à Paris, Marion (Julie Delpy) mettait fin à sa relation avec Jack après un bref séjour chez sa famille dans la Ville Lumière. La revoici maintenant le cap de la quarantaine franchi, souffrant légèrement d’incontinence, mais capable de l’avouer avec la même dégaine, toujours artiste photographe et menant une vie somme toute normale à New York avec son conjoint Mingus (Chris Rock) et leurs deux enfants nés de relations précédentes.

Sur le point d’inaugurer une importante exposition de photos, Marion reçoit chez elle pour quelques jours son père, sa sœur et son beau-frère, avec qui elle vécut un flirt il y a plusieurs années. Si Marion s’est depuis longtemps habituée aux excentricités de sa famille – même que leur présence fait ressortir les siennes –, Mingus de son côté aura à concilier son existence confortable avec la tempête étrangère qui déferle chez lui.

Comédie de la nervosité dans le pur style de Woody Allen, où les discours-fleuves et les joutes oratoires servent à tempérer un spleen existentiel insurmontable, Deux jours à New York se démarque de son pendant européen par une écriture resserrée et un ton versant parfois carrément dans le burlesque. Moins une réflexion sur l’investissement en couple qu’une succession de sketchs sans ligne directrice, ce que le film gagne en rires est contrebalancé par la perte de ce qui fut jadis bercé par une douce et touchante mélancolie.

Ici, tout est prétexte au bidonnage, et si les différences culturelles entre Américains et Français fournissent en gags la majorité du film, le tout est néanmoins exécuté avec ludisme et bonne humeur. Du paternel soixante-huitard aux blagues cochonnes à la jeune française libertine qui se ballade toujours à poils, en passant par le Français beau-frère chiant comme se l’imagine le reste de la planète : toute la panoplie y passe sans complexe.

Le récit à proprement parler et les thèmes prennent alors le second plan, ce qui ne gêne pas le plaisir, même si certaines idées auraient pu être coupées au montage. Celle de la vente de l’âme de Marion durant son vernissage pour faire un commentaire sur la vacuité du concept, par exemple, fut rendue avec plus de cœur et d’intelligence il y a au-delà de quinze ans par Les Simpson avec l’épisode Bart Sells His Soul. Les excursions ésotériques de la sorte minent quelque peu l’énergie du film, sans pour autant agacer.

Même que cette tendance à rouler à plein régime, bonnes et mauvaises idées dans le même panier, et une absence de prétention confèrent au film un charme auquel il est difficile de résister, tant soit peu que la comédie aux relents romantiques vous fasse du bien.

Deux jours à New York est une généreuse tranche de vie débordante de folies et de personnages attachants, que Julie Delpy dirige avec panache en raflant des mains endormies de Woody Allen les derniers trophées qu’il détenait encore dans le rayon comédie. L’un des meilleurs films du genre de l’année, caché à un endroit insoupçonné, que nous reverrons d’ici la fin de la présente année avec grand plaisir.

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.