La majorité des théoriciens ou critiques de cinéma aiment catégoriser les films. Il est ainsi plus simple de les classer, de leur apposer une étiquette et de les associer à un genre déjà bien établi. Cependant, après avoir vu des qualificatifs plutôt nébuleux et paradoxaux tels « comédie dramatique », il va sans dire que certains films sont difficiles à classer dans une seule boîte générique. Revenons plusieurs années en arrière, avec un film québécois ayant connu un succès mitigé : Cosmos (1996), réalisé par six québécois de la relève, dont Denis Villeneuve, André Turpin et Manon Briand. Ce film semble osciller entre le film à sketches et le film choral. D’abord, Cosmos penche du côté du film à sketches, puisqu’il s’agit d’une œuvre collective et que chaque segment est indépendant. Or, plusieurs autres éléments font pencher la balance du côté du film choral. Tout le film est en noir et blanc, ce qui vient unir, d’un point de vue esthétique, les histoires. Les réalisateurs ont écrit conjointement et se promenaient librement sur les différents plateaux.

De plus, comme le soulignait – déjà – Normand Provencher à l’époque : « cette œuvre collective n’a pas les apparences du film à sketches traditionnel, en ce sens que le récit suit un parcours linéaire sur 24 heures et que les six scénarios s’entrelacent » (PROVENCHER 1996, Le Soleil, p. C3). En effet, un chauffeur de taxi grec fait le lien entre les différentes histoires, se promenant de l’une à l’autre de manière linéaire. Cela dit, ce film nous fait davantage penser à La Ronde (1950) de Max Ophüls, où chaque histoire mène à une suivante, pour revenir finalement à la première. Dans Cosmos, il y a bien ce retour à la case départ, car le film commence avec le chauffeur de taxi et se termine avec lui. Une importance accrue est donc apportée à ce personnage. Cosmos est une sorte de course de relais entre chaque histoire, le chauffeur de taxi incarnant littéralement les transitions. Bien qu’il ne fasse pas toujours le lien, il est le personnage le plus récurrent.

Parfois, certaines histoires sont entrecoupées et suspendues pendant un moment, à la manière d’un montage alterné, tout comme cela arrive fréquemment dans les films chorals. À notre avis, Cosmos demeure un film à sketches, mais maquillé en film choral. En effet, les histoires sont présentées de manière presque successive, et si ce n’était du chauffeur de taxi, elles demeureraient indépendantes et isolées. Le montage n’est qu’alterné et aucun parallèle n’est établi. Il n’y a pas la présence essentielle d’un élément ou d’un événement commun unificateur, outre le fait – peu probant – que les histoires se déroulent toutes à Montréal. L’autonomie de chaque segment est trop grande, et le chauffeur de taxi n’est qu’un prétexte pour « lier » les histoires entre elles. Le lien n’est pas narratif, ni même thématique. Le film se rapproche considérablement du film choral, mais ne s’affirme pas assez en tant que tel. En somme, Cosmos est un film à sketches non traditionnel, certes, mais reste tout de même un film à sketches, au même titre que Paris, je t’aime (2006). Encore là, le débat générique pourrait se poursuivre longtemps…

Maxime Labrecque est doctorant et chargé de cours au département d’études cinématographiques de l’Université de Montréal. Ses recherches portent principalement sur le phénomène du film choral, dans une perspective interdisciplinaire. Il est membre de l’AQCC et rédacteur pour la revue Séquences et Le Quatre Trois depuis quelques années. En 2015, il a été membre du jury au Festival du Nouveau Cinéma et à Fantasia

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