Venez, que je vous parle un peu.

D’abord. Je me poserai poing levé contre l’ovation.

Ensuite, un avertissement. Je brûle des punchspunch est un gros mot.

Le bonheur des autres. Le titre n’aurait pu être mieux choisi. Celui des autres, donc, le bonheur. Pas le mien. Rassurez-vous, je suis très heureuse, la vie est belle dans le meilleur des mondes. C’est de la projection dont je vous parle, hein. Aucun plaisir.

Vous vous direz peut-être, après cet autre touché-coulé, celui à propos de Café de Flore : « La fille du 4 : 3 elle n’aime pas le cinéma québécois ou quoi? » (possiblement dans des termes plus durs) et vous aurez tort. Il s’en fait du sacré bon cinéma au Québec. Seulement, il est méconnu. Mais ça, c’est une autre histoire — à suivre.

Alors, Le bonheur des autres. Oui. J’y viens. Jean-Philippe Pearson, le réalisateur de ce chouchou à venir — je suis aussi médium à temps perdu —, est un membre de « La clique à Trogi », appellation du tout péjorative. Ricardo Trogi et ses copains ont quand même fait du bon boulot dans les dernières années, côté cinéma de trentenaires. Pearson, pourtant, semble opter pour un public plus âgé. Les baby-boomers. (L’ovation : devinez la moyenne d’âge.) Et comment attirer ce public cible? Louise Portal et Michel Barrette. Oui, Portal a fait du bon cinéma, notamment avec Arcand. Oui, Barrette a bien performé dans le dernier Robin Aubert. Reste qu’ils demeurent des références pour un type d’audience. D’ailleurs, parlant de Barrette, il semble ne jouer que sa vie, ces temps-ci. Relation difficile avec son fils : À l’origine d’un cri. Toute jeune amoureuse : Le bonheur des autres. C’est moi ou bien? Peut-être sa vie est-elle trop médiatisée. Mais là, je m’éloigne. Et comment attirer ce public cible, encore? Avec des blagues d’un humour douteux dont je vous épargnerai l’énumération. Ah, et avec des hommes victimes de femmes hystériques. J’exagère à peine avec l’hystérie.

Pearson aurait dû se concentrer sur une seule facette de cette famille et ses histoires croches. Et peut-être ne pas gonfler chaque personnage d’un drame intime et personnel. Tous mis bout à bout, ces tragédies personnelles ne permettent pas au spectateur de s’attacher à l’un des membres de la famille ni à croire au récit qui s’embourbe dans les trop et pas assez. La rupture récente du fils — sa copine tente de le larguer et de déménager tandis qu’il n’est pas à l’appartement mais, ô surprise, il a décidé d’y passer. Puis la crise du fils sur le lieu de travail de son ex-copine. L’infertilité du conjoint de la fille — et le fait qu’il lui cache la nouvelle pendant deux mois. La fille qui trompe son conjoint une fois et qui se retrouve enceinte, mais qui finalement garde le bébé parce que de toute façon il est infertile et que le père biologique a les mêmes caractéristiques physiques que le conjoint de la fille. Le père et sa nouvelle toute jeune amoureuse enceinte et qui doute et qui se fait avorter — aparté, parce que j’ai soupiré : ces plans de mauvais goût du fœtus qui se forme dans le ventre de la mère, le nombre de semaines marquant le temps, lentement, puis l’aboutissement à l’interruption de grossesse — et qui se fait un nouveau copain de son âge au grand bonheur de ses parents dont la vie de couple est monotone, la jaquette pis toute — le père se découvre un fétiche du pied et… des sous-sols. La mère traînant la haine depuis vingt ans, depuis la rupture d’avec le père, et son amie agente immobilière qui lui montre les joies du sadomasochisme et du fétichisme. La père qui renoue avec ses enfants rancuniers après vingt ans d’absence. (Bon, je suis essoufflée maintenant.) Tout ça sans accent particulier, que des bribes d’individus qui s’entrecroisent de façon irréaliste — les hasards, d’accord, mais pas tant que ça —, pas de profondeur. Une surface lisse comme le visuel du film : plat. Plate. Si au moins l’esthétique était intéressante, particulière, propre à Pearson. Eh non. C’est un film qui sera superbe sur votre écran-plasma-cinéma-maison-lecteur-blu-ray. Aucun grain, je vous jure. Ah, le numérique.

Le réalisateur voulait du bouche-à-oreille. Moi je préfère jouer à Battleship et viser.