Klaus Kinski. Oui, je suis gagnée d’avance. Par l’homme. Par l’acteur charismatique, souvent associé au plus que talentueux cinéaste allemand Werner Herzog — voir, entre autres, Aguirre, der Zorn Gottes (1972), Nosferatu : Phantom der Nacht (1979) et Fitzcarraldo (1982). Par cette performance magistrale, Jesus Christus Erlöser, qu’il rendit difficilement, mais qu’il rendit, devant un auditoire partagé, le vingt novembre 1971. Et cette unique performance, cette pièce d’anthologie — disponible grâce au réalisateur et biographe Peter Geyer —, vous aurez la chance, résidents de la Capitale Nationale, de la visionner ces soir sur grand écran dans le cadre du Festival de Cinéma de la ville de Québec. C’est, il va sans dire, un autre événement à ne pas manquer.

Jesus Christus Erlöser, mot pour mot Jésus Christ Rédempteur, c’est un Klaus Kinski inspiré et un projet d’envergure qui se soldera en une seule représentation. Un Klaus Kinski qui désire s’adresser à Berlin — puis éventuellement, avec des visées internationales, au monde entier — et lui raconter le récit le plus captivant de l’histoire de l’humanité : la vie de Jésus Christ. Kinski, nous le savons, est un provocateur. Peut-être ne s’attendait-il pas à être affronté en retour. L’acteur est un individu sanguin, facilement à vif et réactionnaire. De plus, le sujet religieux en est un controversé, qui fait couler encre et sang depuis des siècles. Se lancer dans ce genre de discours pouvait apporter à Kinski les pierres, les insultes de quelques-uns. Une partie du public ne voulait pas d’un sermon, semble-t-il, mais d’une discussion, d’un échange. Kinski, étant ce qu’il est, fera scandale. Répondra à ses détracteurs — nous parviennent de la foule des cris de désaccord, des huées — et quittera la scène à plusieurs reprises, toujours théâtralement, la tête en tempête. À l’époque, les gens avaient des idées plus arrêtées et se battaient pour elles. S’impliquaient et savaient les défendre. En début de texte, Kinski associe sa vie à celle du Christ. Nécessairement, les parallèles sont reçus par une partie de l’assistance comme blasphèmes. Certains accusent Kinski d’être un imposteur. Montent sur scène pour intervenir. Et font de l’événement un moment historique. La performance qui se devait intense, oui, mais plutôt contemplative, passe à un autre niveau. Ce qui se voulait une forme d’enseignement se mute en confrontation. Le truchement de ces différents facteurs ne pouvait mener cette soirée qu’à ce dérapage.

Kinski, dans un état près du sublime, de la transe, reprendra son texte, depuis le début, à plusieurs reprises. Jusqu’à ce que, à ses yeux, tout soit parfait. Et cette perfection, il l’atteindra devant une centaine de spectateurs patients qui investiront les premiers rangs, une fois la foule dispersée. Kinski est un perfectionniste et se dévoue totalement à sa cause : acter. Mais plus que ça, il se dévoue à la vie, sans détour. Jesus Christus Erlöser, des images fortes qui portent à réfléchir. Qui inspirent, surtout qui inspirent. Un Klaus Kinski épuisé en finale, les traits tirés, mais vainqueur.

J’ai envie de filer la métaphore qu’il a instaurée, si vous le voulez bien. On a voulu crucifier l’acteur, le ridiculiser sur la place publique. Mais Klaus Kinski est plus fort que ça, il transcende sa spiritualité, qui nous est montrée comme jamais, après le générique. Restez donc assis, je vous en prie : vous serez chamboulés par la vulnérabilité d’un homme qu’on écoute religieusement. Enfin.

 

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