Une cinquième réalisation pour le duo Pascal Arnold/Jean-Marc Barr : American Translation. Ce film, qui créa une polémique à sa sortie en France, nous fait entrer dans l’intimité d’un jeune tueur en série. Selon Arnold, présent lors de la projection au Théâtre Petit Champlain, le tueur en série, sujet universel, a été américanisé. Est presque devenu un film de genre aux États-Unis. Ici, ils tentent de normaliser l’homme en lui rendant sa part de réel. En le réhabilitant. Ces gens ne sont généralement pas isolés, se fondent dans la société. Ils sont de grands manipulateurs et, ainsi, trompent leur entourage. Parents, amis, amoureux. Comme à leur habitude, Arnold et Barr montrent la différence. La différence dans le fait divers. Mais cette petite colonne de journal, elle est documentée gros comme ça. Et le film, alors, ne peut être que crédible.

La caméra de Barr, fils du Dogme95 de Lars Von Trier, est près du documentaire, porte un regard neutre sur la situation. Ne pose aucun jugement. Elle nous présente l’intimité des deux personnages principaux, Christophe et Aurore. La puissance des sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Leur sexualité. Mentionnons au passage l’investissement, tant psychologique que physique — la nudité, part importante du langage des deux coréalisateurs — de ces acteurs sur leur montée, qui en sont d’ailleurs, dans l’équipe Arnold/Barr, à leur second film : Lizzie Brocheré et Pierre Perrier.

Puis la musique. Une uniformité rappelant un événement pivot du film : la danse. Christophe qui danse, qui s’effeuille lentement pour Aurore. C’est ce qu’il fera tout au long de leur histoire, danser pour elle. Mais cette musique particulière ne se retrouvera que lors de cette scène, et lors de leurs déplacements. Cette spécificité de la trame sonore donnera une couleur particulière au film et mérite la mention.

American Translation, c’est la représentation la plus crue de l’intime. Et ce purisme passe par le regard de la caméra, par le ton, par le scénario. En bref, Arnold et Barr proposent, sur le sujet, une alternative. Une nouvelle façon de réfléchir. Ils transcendent le propos.

Toute l’ampleur du film, sa puissance, frappe de plein fouet en finale. Pendant plus d’une heure trente nous accusons les coups, nous battons contre nos préjugés, contre la tolérance d’Aurore, sa compréhension. Il y a bien une ouverture, à mi-parcours. Lorsque Christopher se fait violence, s’expose à Aurore. Mais rien ne laissait croire à cette finesse, à cette beauté. À ce dernier plan majestueux de simplicité.

C’est en soufflant d’admiration que nous avons applaudi.