Christopher Nolan s’est lancé, il y a déjà sept ans, dans la folle entreprise de faire une trilogie blockbuster autour du héro de bandes-dessinées Batman en adoptant une approche plus réaliste et plus sombre que ce qui avait été vu jusqu’à maintenant dans ce genre de production.  Nolan étant un réalisateur hors du commun, il a réussi à influencer les films de super héros qui ont suivi le style novateur de ces réalisations, la majorité lui emboîtant le pas dans cette optique de films sobres préconisant le réalisme au tape-à-l’œil.  Suite aux succès faramineux de Batman Begins et de sa suite The Dark Knight, les attentes étaient on ne peut plus élevées envers la conclusion de la trilogie. Rassurez-vous, The Dark Knight Rises est certes à la hauteur et s’inscrit sans l’ombre d’un doute comme le blockbuster le plus achevé de l’année.

Armé d’un scénario béton et d’une distribution époustouflante, Nolan s’est ainsi assuré d’une réussite pour ce film qui s’annonce comme étant son ultime réalisation dans le créneau des super héros.  Prenant place quelque huit années après The Dark Knight, The Dark Knight Rises s’amorce sur une mise en contexte dans laquelle on nous présente un Bruce Wayne (Christian Bale) complètement défait qui vit cloîtré dans son manoir, incapable de supporter son échec envers Rachel Dawes et Harvey Dent.  N’ayant pas emprunté les traits de son légendaire alter ego masqué depuis la mort de Dent, le milliardaire à la santé désormais défaillante est totalement déconnecté de la réalité de Gotham.  Gordon (Gary Oldman), quant à lui, peine à vivre avec les conséquences de la haine des citoyens et des autorités de la ville qu’il a lancés contre le chevalier noir afin de préserver la mémoire de Dent et du symbole qu’il représente.

C’est dans ce contexte de mal-être et d’introversion que Nolan introduit ses nombreux nouveaux personnages qui viendront prendre autant de place dans le récit que Wayne lui-même.  On rencontre donc rapidement Selina Kyle (féroce Anne Hathaway), une jeune femme au charisme aussi aiguisé que sa ruse qui passe le plus clair de son temps à cambrioler habilement qui bon lui semble, et le jeune policier John Blake (remarquable Joseph Gordon-Levitt), qui tente tant bien que mal d’enrayer le crime à Gotham à grands coups d’idéaux, tout en jetant un œil au ciel de temps à autre, espérant en vain apercevoir le justicier masqué qu’il admire.  Évidemment, on nous présente aussi un tout nouveau méchant, le très solide Bane (impitoyable Tom Hardy), qui avait tant été raté dans sa version cinématographique précédente de 1997.  Habile, intelligent, le seul reproche qu’on puisse lui faire c’est qu’il n’ait pas assez de temps à l’écran pour nous exposer toute sa psychologie et sa complexité alors qu’il impose sa loi à la ville entière qu’il transforme en citée chaotique où les terroristes règnent.

Je n’irais pas jusqu’à dire que The Dark Knight Rises surpasse les films précédents, mais plutôt qu’il les complète admirablement.  Il boucle la boucle en faisant référence à l’histoire entamée dans le premier volet tout en mettant bien en place la liaison avec The Dark Knight.  Malgré le fait que le scénario soit inutilement alambiqué et qu’il aurait gagné à être plus simple, surtout en amorce, il n’en demeure pas moins que The Dark Knight Rises s’appuie sur une histoire solide qui nous réserve son lot de rebondissements.

Malheureusement, ce volet étant la conclusion de la série, il est bien évident qu’il nous réserve autant de surprises que de frustrations.  Les dernières scènes du film sont les moins bien réussies scénaristiquement parlant.  Cette fin nous laisse en plan, oubliant de dénouer certaines parties primordiales de l’intrigue, nonobstant de nous expliquer ces détails qui avaient fait la crédibilité des films précédents.  Cependant, vu la qualité générale de The Dark Knight Rises,  ces quelques inévitables ratés se perdent dans la masse des bons coups qu’a réussi Nolan avec ce troisième film.  Bien qu’ayant clairement écarté la possibilité de réaliser lui-même un quatrième volet de la saga, le réalisateur propose tout de même une conclusion ouverte qui pourrait laisser la place à d’éventuels films qui s’intéresseraient vraisemblablement à certains des personnages secondaires plutôt qu’à Bruce Wayne lui-même (Nolan aurait d’ailleurs affirmé qu’Hathaway mériterait son film sur la femme-chat tant elle avait réussi à briller).

Pour un blockbuster, les personnages de The Dark Knight Rises sont étonnement nuancé et digne d’intérêt.  Effectivement, Bruce Wayne n’a jamais été dépeint de manière aussi humaine que dans ce dernier volet de la trilogie.  Complètement dépassé, vieilli et souffrant, il est interprété avec ferveur par un Christian Bale au sommet de sa forme.  Chapeau aussi à Tom Hardy qui arrive à être formidablement expressif malgré le masque qui lui obstrue le visage.  Anne Hathaway, quant à elle, vole la vedette et amène les quelques pointes d’humour et de dérision nécessaires à l’ensemble pour trouver un équilibre entre les scènes plus sombres et les moments légers.  D’ailleurs, Hathaway et Cotillard nous offrent enfin des personnages féminins aussi intéressants et solides que leurs partenaires.  Finalement, Gary Oldman et Michael Caine sont toujours aussi justes, mais ils sont malheureusement évacués du récit pour une bonne partie du film, au grand dam du public (et des autres personnages).

L’approche hyper réaliste des volets précédents est atténuée au profit de gadgets trop évolués qui s’insèrent mal dans la dimension pragmatique que Nolan avait priorisée jusqu’ici.  Les vaisseaux, motos et autres objets de technologie de pointe rendent trop faciles certaines réponses aux problèmes des protagonistes.  Cependant, ces objets sont mis en scène dans d’époustouflants segments d’actions et d’effets spéciaux qui impressionnent autant par leur rythme effréné que leur créativité et leur ingéniosité.  Les idées semblent toutes aussi nouvelles que celles dans The Dark Knight et Batman Begins, mais elles sont simplement moins « plausibles ».

Sans longueurs malgré sa durée de 2h45, The Dark Knight Rises nous emporte dans un tourbillon de rebondissements et d’émotions qui s’enchaînent à une allure trépidante.  Bien qu’on aurait aimé voir davantage certains personnages à l’écran et d’autres moins, la réussite de cette conclusion est indéniable.  Ses nombreux protagonistes sont aussi accrocheurs que renouvelés, et l’histoire prend bien racine dans les origines de la série, les liens étant renforcés par quelques cameos des personnages antérieurs et par de judicieux flash-back.  Bourré de moments forts et de rebondissements, The Dark Knight Rises nous prouve hors de tout doute que l’attente de quatre années de cette finale en aura valu la peine.