Le dernier Woody Allen est carrément mauvais. Voilà, c’est dit. Tel un mononcle libidineux qui ne peut s’empêcher de raconter les mêmes jokes ringardes à chaque Noël après deux verres de rhum dans le nez, le réalisateur, maintenant âgé de 76 ans, se rabat sur des marques de commerce qui aujourd’hui n’ont ni la fraîcheur ni l’originalité pour nous tenir éveillé durant les très longues 112 minutes de cette comédie à sketchs d’une quétainerie aberrante.

Il y a Jack (Jesse Eisenberg) et sa copine Sally (Greta Gerwig), qui reçoivent en visite Monica (Ellen Page), libertine affirmée dont s’éprendra graduellement Jack.

Sinon, la lune de miel d’un couple italien, séparé malencontreusement alors que la femme est sur le point de rencontrer ses beaux-parents pour la première fois (elle échappe son cellulaire dans une bouche d’égout). L’homme entretemps reçoit la visite imprévue d’une prostituée (Penélope Cruz) qui, par un quiproquo plat et digne de la pire sitcom, devra se faire passer pour sa femme.

Pourquoi pas la rencontre des parents d’un jeune couple sur le point de se marier (oui, c’est redondant à ce point)?Jerry (Woody Allen), directeur d’opéra à la retraite découvre que le père de son gendre a une voix d’opéra magnifique, mais seulement lorsqu’il est sous la douche.

Finalement, Leopoldo (Robert Benigni), un italien de classe moyenne, qui deviendra du jour au lendemain et sans raison apparente l’une des célébrités les plus adulées de la ville.

Ces quatre histoires quelconques ont des relents de ce que la comédie de situation peut nous offrir de pire. Allen y va de quelques aphorismes prévisibles (nous le découvrons dans un avion, à commenter les turbulences qui le rendent nerveux, vous voyez le genre), Rome est à peine vue et c’est à se demander quel est l’intérêt de ce cycle Carmen Sandiego,  alors que les décors sont tous interchangeables, même qu’ils seraient aussi intéressants en carton. Rien de magique donc dans cette tentative de faire de Rome l’un de ses endroits où le temps n’a pas d’emprise.

Aucun travail dans la réalisation, tout est à son expression la plus simple, les histoires s’enchaînent avec la même cadence ennuyante, dix minutes et dix minutes et dix minutes, jusqu’à ce que l’on se rende compte que nous a été servies quatre scénettes de 28 minutes chacune, ce qui est insuffisant pour générer de la sympathie pour les personnages. Avoir éliminé les histoires avec Allen et Benigni aurait peut-être sauvé cette entreprise catastrophique, tolérée seulement à cause des noms prestigieux qui y sont associés. 

To Rome with Love est une insulte à l’intelligence de la part d’un cinéaste endormi, sur le pilote automatique, qui nous met au défi de prêter foi à ses propres commentaires désobligeants à propos de sa filmographie généralement inconséquente et niaise depuis une vingtaine d’années.

Jason Béliveau

Jason Béliveau est directeur de la programmation pour l’organisme de diffusion d’événements cinématographiques Antitube à Québec. Membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma, il est rédacteur en chef du Quatre trois depuis sa création en 2011. Il écrit également pour Spirale et participe à l’émission de radio Situation critique sur les ondes de CKRL.