Probablement l’une des sorties les plus attendues de l’été, Prometheus se promettait de contenter les amateurs de science-fiction, boudés ces dernières années par les grands studios.  Avec peu de récentes sorties de qualité de ce style difficile à maîtriser, pas étonnant que l’engouement ait été si énorme concernant ce prequel du légendaire Alien.  Qui plus est, avec à la barre de cet ambitieux projet le talentueux réalisateur Ridley Scott à qui on devait le tout premier épisode de cette quadrilogie.  Ce réalisateur, maintenant au sommet de son art, s’est d’ailleurs entouré pour l’occasion d’acteurs ayant tous déjà fait leurs preuves, s’est armé des meilleurs effets spéciaux de cette technologie qui a tant évolué depuis la naissance de ce mythe en 1979,  et à tâcher de nous présenter un scénario qui se tient, n’ayant pas précipité la sortie de ce prologue.  A-t-il gagné son pari, si risqué soit-il ?  Oui et non.  Prometheus est bon, sans pour autant être le chef d’œuvre tant escompté par les si nombreux fans de la première heure.

Prometheus débute par un prologue prenant place en 2089, où un couple de scientifiques vient de mettre à jour une fresque rupestre dans une caverne écossaise.  La représentation préhistorique faisant référence à une mystérieuse constellation répertoriée maintes fois dans d’autres œuvres datant de l’âge de pierre, les scientifiques Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et Charlie Holloway (Logan Marshall-Green) se lancent donc à sa recherche car son signalement récurrent vient appuyer leur thèse sur l’origine de la création de l’Homme.  Tous deux s’embarquent donc sur le Prometheus, un vaisseau financé par Peter Weyland (Guy Pearce), un richissime entrepreneur et commandé par la méthodique Meredith Vickers (Charlize Theron).  Secondé de David (Michael Fassbender), un androïde à l’allure surnaturellement humaine, et appuyé par un équipage d’une quinzaine de personne, Vickers mènera donc son effectif vers une planète de cette constellation en question.  Et c’est évidemment en mettant le pied sur cette planète inconnue que les ennuis commenceront.  Se succèderont alors l’enfilade de péripéties auxquelles on s’attend naturellement lorsqu’on a affaire à un film du type Alien, passant de bêtes extraterrestres (bien sûr !), aux huis clos, aux trahisons et à la lâcheté, le tout saupoudré d’une bonne quantité de morts, évidemment.

Bien que visiblement très bien maîtrisé, Prometheus ne parvient jamais à instaurer complètement cette ambiance oppressante et angoissante si réussie dans Alien.  Sans dire que le film ne procure pas d’émotion, celles qu’il suscite ne sont pas aussi poignantes qu’on l’escomptait.  Cependant, il serait malhonnête de condamner le film en entier.  En effet, les premiers deux tiers du film sont tout simplement parfaits.  S’annonçant à la hauteur des attentes très élevées qu’on lui réservait, cette impressionnante amorce nous révèle de manière impeccable cet univers futuriste austère rempli d’inconnus, de découvertes et de dangers.  Scott met en place ses personnages rapidement, installe efficacement son contexte et son univers, et nous immerge dans une enveloppe visuelle époustouflante.

Néanmoins, c’est dans les derniers milles qu’on découvre les faiblesses de cette méga production.  L’histoire, sans se complexifier, se complique.  Elle s’entortille dans des revirements durs à avaler, ajoute des éléments qui ne se tiennent tout simplement pas.  Bref, on s’écarte de ce qui avait fait du premier film Alien un si grand succès : la simplicité de son histoire (qui rime avec efficacité dans ce cas précis).  Et que dire de la conclusion du film qui s’étire inutilement.  On aurait aimé avoir une fin plus expéditive, mais, par le fait même, plus forte.  Il n’en reste pas moins que  la séquence de l’épilogue, si je peux l’appeler ainsi, est renversante.  Malheureusement, comme on a dû attendre la toute dernière scène pour enfin avoir l’opportunité d’y goûter véritablement, cet ultime revirement demeure trop peu trop tard.

Disons-le, Prometheus est époustouflant visuellement.  Tout dans ce film est beau à voir, que ce soit ces hologrammes qui semblent si crédibles, ces vaisseaux et autres gadgets technologiques, ou encore les extra-terrestres qui semblent aussi réels que les acteurs eux-mêmes.  D’ailleurs, on accorde beaucoup de moments à la beauté des effets visuels, pourtant sans jamais les utiliser comme prétexte à l’histoire.  C’est d’ailleurs ce qui fait que ces effets spéciaux sont si réussis ; ils ne prennent jamais le pas sur l’histoire, mais viennent l’appuyer de manière sublime.

Je le disais plus haut, Ridley Scott s’est entouré d’une distribution des plus solide qui livre la marchandise.  Avec des noms comme Charlize Theron, Guy Pearce, Michael Fassbender et Noomi Rapace au générique, on n’en attendait pas moins.  Cependant, de ce lot se démarquent vraiment des autres Rapace et Fassbender.  Les deux portent littéralement le film sur leurs épaules.  Après avoir livrée une première prestation anglophone que je qualifierais d’amorphe dans le dernier Sherlock Holmes, Rapace prouve dans Prometheus qu’elle est une actrice chevronnée qui sait interpréter sur plusieurs niveaux à la fois.  Jouant au caméléon avec ce rôle de robot, Fassbender nous confond en nous prouvant une fois de plus que nous n’avons pas encore vu le cinquième de l’étendue de son talent.  Toujours juste, il incarne un type de personnage que nous ne lui avions encore jamais vu.  Sans jamais avoir l’air grotesque, cet androïde nous donne l’impression d’être plus vrai que nature.  Toutefois, pour ce qui est des autres acteurs, Prometheus les perd dans sa multitude de seconds rôles, trop nombreux pour être appréciés.  Aucun n’est mémorable, encore moins attachant (Theron compris), et on a peine à même les différencier les uns des autres tellement ils semblent quelconques et accessoires.

Prometheus demeure, malgré ses faiblesses en fin de parcours, reste un des meilleurs films de science-fiction auquel nous ayons eu droit depuis un moment.  Sans l’avoir raté, Ridley Scott n’a pas tenu toutes ses promesses avec ce prequel pas tout à fait abouti.  Les attentes hautes sont peut-être à l’origine de cette déception, à moins que ce ne soit cette bande-annonce si accrocheuse qui nous semblait nous assurer un chef d’œuvre…  Bref, à l’image de cet équipage du « Prométhée » en quête de réponses, le spectateur reste malheureusement sur sa faim et ne goûte jamais au plein contentement.