Le moins qu’on puisse dire, c’est que Wes Anderson a le chic pour nous présenter à chacune de ses réalisations des films empreints de sa personnalité et de sa signature unique.  Nous ayant habitués à des films originaux se démarquant de beaucoup des comédies américaines moyennes, on retrouve avec plaisir dans Moonrise Kingdom l’autodérision, la simplicité et la fraîcheur qui rendent si agréable le visionnement des créations de ce réalisateur américain.

Cette fois-ci, Anderson nous entraîne au cœur des années soixante, lors de l’été 1965 pour être plus précis, où l’on s’intéresse aux tribulations amoureuses d’un jeune scout de 12 ans (un premier rôle pour Jared Gilman), en fuite dans les bois avec sa bien-aimée (Kara Hayward), tous deux dotés d’une personnalité marginale déroutante.  Cette évasion ayant lieu sur une petite île où ne réside qu’une minuscule communauté américaine, elle aura tôt fait de chambouler le quotidien d’une grande partie des villageois qui s’engageront alors de manière complètement chaotique dans une chasse à l’homme afin de retrouver les deux jeunes amants.  On suivra donc, parallèlement à la fuite des deux enfants, le périple des nombreux adultes qui se lanceront à leur poursuite, du chef scout complètement dépassé par la situation (Edward Norton), au capitaine de police vieillissant (Bruce Willis) chargé de dépêtrer cette impasse qui ne cesse de déraper, par le couple désaxé formé par les deux parents de la jeune fille en fuite (Frances McDormand et Bill Murray), pour finir par la froide et méthodique responsable des services sociaux chargée du dossier (Tilda Swinton) et le surréaliste commandant en chef des scouts (Harvey Keitel).

Bien que cette distribution plus qu’imposante réunisse de nombreux grands noms du cinéma américain, certains d’entre eux  font plus office de cameo que de personnages centraux, comme c’est le cas pour Harvey Keitel et Jason Schwartzman.  Cet ajout d’acteurs aussi connus endossant de petits rôles de soutien ajoute à l’autodérision dont Moonrise Kingdom fait preuve tout au long de ses 94 minutes.  De plus, Wes Anderson ayant un talent incomparable pour multiplier les personnages secondaires dans ses films, chacun réussit à trouver sa place et à ajouter sa touche à l’histoire, sans jamais paraître superflu.  Tous ces interprètes livrent une performance passionnée, endossant le rôle de personnages enthousiastes et emportés qui donnent le ton surréaliste qu’on apprécie tant de ce film.

Toujours baigné d’une atmosphère « ensoleillée », plongé dans une palette de couleurs toutes plus vives les unes que les autres, Moonrise Kingdom est un film lumineux, joyeux, nous imposant la signature visuelle si spécifique aux films années 60.  Anderson arrive avec ses choix exceptionnels de lentilles et son traitement de l’image à créer un univers unique.  De plus, ayant eu la chance de voir le film en 35mm où le grain de l’image sied si bien à ce genre de photographie, j’ai pu apprécier la qualité dans le travail de l’image dans toute la splendeur de son allure rétro.  Beaucoup de caractère et d’humour émanent de la manière dont on a filmé ce film, alternant entre de nombreux plans fixes parfois décentrés et de très larges cadrages. Les images, toujours harmonieuses, sont construites avec soin, Anderson ayant porté une très grande attention à la qualité de sa photographie.

Confiant sa trame sonore au très talentueux compositeur français Alexandre Desplats, Wes Anderson signe ici une seconde collaboration avec cet artiste, après avoir déjà travaillé avec lui dans son film animé Fantastic Mr.Fox. La musique est très présente tout au long de Moonrise Kingdom, que ce soit de façon extra diégétique ou qu’elle soit simplement amenée par les personnages qui l’écoutent eux-mêmes.  En effet, dans leur fuite, les deux jeunes amoureux trouvent le temps d’écouter des vinyles en pleine forêt, sur une petite table tournante portative qu’ils ont jugé nécessaire d’emporter avec eux.  C’est ainsi qu’on a droit à un vieux succès de Françoise Hardy si bien sélectionné et à un vinyle explicatif pour enfants décortiquant les composantes d’un orchestre.  Je vous l’ai déjà dit, Moonrise Kingdom est original et va dans tous les sens !

Toujours très théâtral, le film n’a aucun souci de réalisme, mais se concentre davantage sur le côté spectacle et la qualité du traitement narratif.  Quelques segments de l’intrigue vont dans tous les sens, certains personnages ne font aucun sens et tout ce qu’on voit prend un aspect synthétique, surréaliste. L’approche plastique et chaotique pourrait constituer une faiblesse, mais dans ce cas-ci, c’est ce qui constitue la véritable force du film.  Avec beaucoup d’autodérision, on nous plonge dans un univers complètement décalé de la réalité, où rien n’a la prétention d’être crédible.

Pour apprécier pleinement un film comme Moonrise Kingdom, le spectateur doit lâcher prise et accepter de plonger tête première dans cet univers déjanté peuplé de personnages caricaturaux.  Avant tout une histoire d’amour, ce film traite avec beaucoup de passion et de tendresse de cette quête du bonheur, de l’importance de trouver sa place dans ce monde chaotique.  Film idéaliste, rêveur, Moonrise Kingdom est un hymne à la liberté peuplé de pointes d’humour, enveloppé d’une coquille colorée, saveur années 60.

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