Ridley Scott revient cette année à ce qu’il sait faire le mieux : la science-fiction. Même s’il n’a réalisé que trois films de ce genre, celui-ci inclus, il maitrise parfaitement son art dans ce créneau, comme le démontre le succès qu’ont eu Alien et Blade Runner. Le film qui devait initialement être le prélude direct de Alien s’est transformé en autre chose durant la préproduction. Transformation qui inquiéta les fans de la saga qui espéraient enfin connaître l’origine de cette créature au sang acide. Scott s’est tout de même fait rassurant en avouant que le film se déroulerait dans le même univers que l’œuvre initiale et que l’esthétique des nouveaux décors serait toujours inspirée par le travail de H.R. Giger. Le réalisateur avait donc beaucoup de pression pour nous mijoter un film de science-fiction d’horreur sans l’extra-terrestre à tête allongée. Pression augmentée par la campagne publicitaire très forte, avec les trois spots de trente secondes pour annoncer la bande-annonce elle-même et les nombreux clips de personnages présentés sur le web. Ridley Scott a réussi à faire un tour du chapeau en réalisant Prometheus, un autre grand film de science-fiction.

L’histoire débute 29 ans avant l’incident du Nostromo, alors que deux scientifiques embauchés par la compagnie Weyland croient avoir découvert où se terrent nos créateurs. Le vaisseau d’exploration Prometheus part donc en expédition avec 17 personnes à son bord. L’équipe découvrira rapidement que la planète où ils ont atterri est plutôt hostile. La simplicité de l’intrigue nous laisse la chance d’être absorbés dans l’univers futuriste et éclaté qui nous est présenté.

Le film commence lentement et place l’atmosphère froide et dure du vaisseau avant de placer celle de la planète et de la pyramide qui est le lieu d’exploration près de la zone d’atterrissage. Comme pour Alien il y a une certaine tension entre les membres de l’équipage. Tout cela nous prépare en douceur pour les scènes intenses à venir, puis une fois que l’action embarque elle n’arrête pas jusqu’à l’apparition du générique, alors même si le film a un départ lent, il ne paraît pas durer deux heures.

L’esthétique du film, encore une fois inspirée de l’œuvre de H.R. Giger, est envoutante, les décors, les effets spéciaux et la direction photo forment un tout harmonieusement froid et lugubre. Même si le monde de l’informatique d’aujourd’hui est à mille lieues de celui de la fin des années soixante et dix, la technologie de Prometheus ne vient pas détruire celle du film Alien, mais au contraire vient en faire un complément logique. Rappelons que le vaisseau de Alien était un vaisseau de marchandises minières, alors que celui-ci est un vaisseau d’exploration scientifique qui va à la recherche de l’origine de l’homme : il est donc évident qu’il soit mieux équipé. Avant de me perdre dans des élucubrations, revenons-en au film. J’ai bien aimé le fait que l’horreur se déroule autant en noirceur qu’en pleine lumière sans trop nous montrer la « chose ». Je ne peux pas vous parler de l’intérêt du 3D, puisque j’ai visionné le film de façon traditionnelle, en deux dimensions, et j’ose croire que c’est la meilleure version du film que j’ai vu. Car comme je l’ai mentionné plus haut, une bonne partie du film se déroule dans l’obscurité et qu’avec des lunettes 3D polarisées on perd déjà beaucoup de luminosité, assez que les effets de profondeurs de ses scènes doivent en être annulés.

La passivité dérangeante de l’androïde David, interprété par Michael Fassbender, est totalement désarmante autant que la rigidité et la froideur du personnage de Charlize Theron. La distribution chevronnée du film explique en bonne partie la réussite du film, tous les acteurs campent de manière très convaincante leur personnage. Même si nous ne les connaissons pratiquement rien de leur passé, ils ont une profondeur et une consistance qui nous permet de nous identifier à eux avant la fin, comme dans tout bon film hollywoodien.

Pour tous ceux qui craignent d’avoir trop d’attentes envers ce faux prélude, je vous rassure : Ridley Scott a livré plus que la marchandise. Il a innové en respectant l’origine de l’œuvre et sans en mettre trop pour épater la galerie. En fait, c’est pour ça que le film ne m’a pas déçu, il pousse l’univers des Alien à un autre stade, tout en restant très sobre au niveau de l’horreur et de la science-fiction. L’avenir nous dira si Prometheus peut faire des petits aussi intéressants que les petits de Alien, sinon nous pourrons toujours attendre le nouveau projet de Blade Runner, que Scott nous prépare pour satisfaire notre soif de science-fiction.

Pier-Hugues Madore

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